Chroniques-minute

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mardi 10 mai 2022

Fiefs

« Mais je sais une chose : l’authentique était pour lui / Une valeur aussi justifiée que l’ennui. C’est dire / Comme il était accompli, respectable, poli » : à la lecture de ce tercet qui conclut un des derniers sonnets du recueil, je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir à une « mode » actuelle qui valorise la poésie qui balance des mots chocs, qui en envoie, etc., dans un langage direct qui ne s’embarrasse ni de méandres ni de classicisme. Non pas que ce soit illégitime, d’ailleurs ; mais les poètes accomplis, respectables, polis (surtout ?) ont moins la cote, me semble-t-il. Pourtant, comme à votre serviteur (en tout cas, j’aimerais le croire), ces adjectifs conviennent parfaitement bien à Xavier Frandon, qui démontre magistralement dans ce recueil que la retenue peut aussi accoucher de poèmes tout à fait efficaces. Ses Fiefs sont autant de châteaux intérieurs qui protègent nos idées folles, nos convictions irrationnelles, nos envies raisonnables ou nos sentiments refoulés ; il livre donc une galerie de portraits intimes savoureux où toutes les contradictions inhérentes à l’être humain virevoltent. Ces gens peuvent être agités ou sous pression, mais aussi n’avoir vécu « Aucune misère, rien, le calme profil de la lenteur ». Toutes les histoires sont intéressantes pour Xavier. L'ensemble est rédigé avec une empathie teintée de finesse, sans vitupérer, sans cracher sur l’époque, avec — allez, lâchons le mot à la mode, tant qu’à faire — une bienveillance renforcée par une forme littéraire au goût classique. En effet, si la rime n’est pas majoritaire, quoiqu’on la trouve assez régulièrement, la forme sonnet domine, les quatrains trônent en majesté et le langage ne va pas chercher systématiquement la confrontation de ses niveaux pour provoquer un chaud-froid poétique. « Je t’aime mon amour, et je sors les poubelles » : si ça n’est pas de l’alexandrin ! Et plutôt que d’argumenter trop longtemps, puisque nous sommes dans une chronique-minute, après tout, je glisse un petit extrait ci-dessous, qui saura convaincre, je l’espère.

Xavier Frandon, Fiefs, éditions du Cygne, ISBN 978-2-84924-694-8


Le secret

Le secret déforme son visage dans la douceur.
Elle ne détecte rien ; elle patiente sans intérêt.
Ça l’énerve. Pourtant il ne se lance pas, reste mutique
Dans l’oppression ; c’est un indice de sa personne.

Un soir, il se décide enfin à lui dire la vérité,
Mais, comme elle attend avec trop d’empathie,
Il ébauche à peine le début d’une idée.
C’est un grossier mensonge, mais si crédible !

Au soir de leur idylle, ne reste plus que
La notion du temps. Le message passionné
S’est dissout au loin dans le prétexte de jouir.

Bien des années plus tard, il regrette un peu,
Mais l’horreur d’avoir gardé pour lui ce secret
Est d’un plaisir si fort, que ça le soulage.

lundi 28 mars 2022

Tout est normal

« Une chronique fragmentée du quotidien » : c’est ainsi qu’est présenté le livre sur le site de son éditeur. Bien entendu, c’est rigoureusement exact, en dix chants et quatre interludes. Ce que je retiens cependant, c’est l’adjectif « fragmentée », qui me semble le fil conducteur du recueil. C’est que la fragmentation des vers, des phrases, des paragraphes, des strophes est omniprésente, avec ses réminiscences de collages aussi, installant un rythme qui paraît celui de la respiration de son auteur. Souvent, les tabulations avant ou au sein des vers ont, au mieux, dans une certaine poésie, juste une signification graphique, d’aération. Dans Tout est normal, cette aération sert le texte, devient expiration… puis inspiration, bonne nouvelle pour un poète ! La forme est parfaitement travaillée par Guillaume Condello, qui propose des tranches de vie composées comme autant de regards furtifs matérialisés par ses vers fuyants, à trous, parsemés d’italique, de citations. Preuve s’il en est de l’attention portée à la forme, encore : la non-utilisation du point (à de rares exceptions bien précises), sauf pour montrer la prononciation des mots, en l’espèce la diérèse (« une déclarati.on solennelle », « il aurait fallu fi.èrement lui jeter / comme des fleurs »). Et puis à un interlude en haïkus succède ce chant où l’on peut lire le japonisant : « lui aussi sans pourquoi le cerisier fleurit / encore    blanc pourquoi / (ce n’est pas /     un sakura) ». Décidément, le poète a de la suite dans les idées. Mais on n’aime pas un recueil pour sa seule maîtrise formelle, bien entendu. Du côté du fond, pour en revenir à la fragmentation, lecteurs et lectrices se voient proposer un regard observateur sur l’époque à travers des épisodes, des chants divers et variés, tel le premier intitulé « De l’autre côté de l’écran » : « au-dehors /     au téléphone / en fleurs jeunes /     garçons et filles riant / museaux de lapinous oreilles de kitty / leurs images inversées dans /     l’écran liquide où former /         des cristaux de vie ». Nirvana y rencontre Téléchat, les élections présidentielles depuis 1981 sont présentées par leurs animations graphiques qui révèlent le visage de l’heureux élu à 20 heures, l’amour est autant le souvenir de tentatives d’écriture de poèmes que la lecture d’un numéro d’Union récupéré lors d’un intérim comme éboueur. Allez, soyons franc : si ces poèmes nous touchent, c’est qu’ils savent faire vibrer en nous des expériences passées, présentes, voire à venir. Oui, l’auteur de ce billet a aussi été éboueur (mais n’a jamais lu Union) pour gagner un peu d’argent en été. Tout comme il a été démarché par des témoins de Jéhovah qui sonnaient chez toutes les personnes avec un nom à consonance italienne ; dans « Apocalypse à peu près », « Signore Condello » signe peut-être son chant le plus émouvant, où la visite des « représentants en commerce des âmes » italophones provoque une vague de souvenirs de mots calabrais, puis verse dans l’horreur : « la Bête est déjà là elle hante l’Europe en haillons le chiffre sur son front ». Mais d’apocalypse point, finalement. Juste « un frisson /     de vent » qui passe dans le dos du poète, après avoir congédié les fâcheux. Et, à nouveau, après la fragmentation du réel poétique, tout est normal.

Guillaume Condello, Tout est normal, éditions Lurlure, ISBN 979-10-95997-42-9

mardi 1 mars 2022

Les Petites Lumières bleues + Comportements du doux

Mon récent Mélusine au gasoil fait partie des premières publications des éditions Facteur Galop. Il serait plus juste de parler de tournée, d’ailleurs, puisque le principe de ces sympathiques éditions est basé sur une souscription qui permet de recevoir trois exemplaires de chaque titre publié dans un lot. On peut ensuite les « semer » où l’on veut : envois à la famille, aux amies et amis, distribution dans un lieu public ou lâcher en rase campagne en espérant que quelqu’un s’y promène et empoche le ou les livres… tout est possible et souhaité, tant que la « valeur marchante » est respectée. Cette chronique-minute a pour but de mettre en lumière sur ce site les compagnons de Mélusine, donc. Tiens, commençons alors par Les Petites Lumières bleues, de Corinne Guerci. Il s’agit là de dialogues entre une mère et son fils, empreints d’amour, parfois amusants et parfois banals comme il se doit entre ces deux êtres, sauf que. On apprend dans la dédicace, puis la biographie de l’autrice, que ces saynètes sont à la mémoire de son fils Bastien, décédé à 21 ans d’un mélanome. S’ensuit alors une autre dimension de lecture qui force quasiment à reprendre du début – le livre fait, comme tous ceux de l’éditeur, 32 pages : on imagine que le format où rien ne figure sur la quatrième de couverture a presque dicté cette stratégie, qui porte bel et bien ses fruits. À la relecture, une nouvelle dimension s’installe et l’émotion devient parfois envahissante. C’est alors la sagesse de ce fils disparu qui frappe, comme si son autrice de mère allait puiser dans l’écriture la clairvoyance nécessaire pour mener sa vie, hors de tous les abrégés de développement personnel. Lucide, il l’est sans appel : « ma nuit sera éternellement jeune ». Tous les livres du Facteur Galop comprennent aussi une interview à la fin ; Corinne Guerci a parlé à Jean-Luc Parant, artiste plasticien et prolifique écrivain et poète. L’autre livre de la tournée est Comportements du doux, d’Amélie Bertholet-Yengo. Ici, l’autrice entend assouvir sa passion pour le doux, l’analyser, la coucher sur le papier. Les racines indo-européenne et grecque du mot sont convoquées, tandis que les références littéraires fusent de Corneille (grâce au Littré) à Aya Nakamura et que des définitions scientifiques et philosophiques sont dispensées. Et puis la doudou antillaise arrive, avec précaution, car il ne faudrait pas donner dans les clichés. C’est alors que le propos prend son envol et dénonce l’érotisation des femmes noires, suppute la résistance nécessaire dans une société encore rigide : « comment déconstruire la figure de la doudou-Madras-Cocagne ? » Avec son écriture au fil de la plume, capturant des pensées qui essaiment, interviewant en fin d’ouvrage sa colocataire Hélène dans une atmosphère bon enfant, l’autrice parvient à écrire un minitraité bien documenté qui ne néglige pas l’humour et se révèle combatif en une vingtaine de pages. C’est d’ailleurs une autre caractéristique de tous les livres du Facteur Galop : leur concision en fait des volumes… plus grands à l’intérieur !

Corinne Guerci, Les Petites Lumières bleues, Facteur Galop, ISBN 978-2-493673-00-8
Amélie Bertholet-Yengo, Comportements du doux, Facteur Galop, ISBN 978-2-493673-02-2

À noter qu’une très intéressante émission de Radio Canut a été consacrée à cette première tournée, disponible ici.

mardi 8 février 2022

Jeunes et Vivants

Avec Patrice Maltaverne, on éprouve d’abord le plaisir de découvrir le concept qui a présidé à l’écriture d’un nouveau recueil. La couverture nous indique ici que les poèmes sont inspirés par l’œuvre de Jules Verne. Mais ce serait évidemment trop facile sans quelques contraintes supplémentaires — on sait que Patrice les adore. Voilà donc 77 poèmes (Verne a vécu 77 ans) de 31 vers (un mois plein, la plupart du temps) qui incluent un bref passage du roman mentionné dans chaque titre. Le tout a paru en feuilleton dans la revue en ligne Poezibao, et se retrouve désormais dans un recueil imprimé grâce aux éditions de l’Alisier blanc, qui ont eu là une fort bonne idée. Car loin de constituer des résumés poétiques des ouvrages de Verne évoqués, les textes — justifiés plus ou moins en hommage à Ivar Ch’Vavar, tiens, n’oublions pas cette contrainte non plus ! — relèvent plutôt du vagabondage intellectuel déclenché par une lecture. On pourrait même écrire, pour citer le poète-critique-revuiste, qu’ils « lancent une expédition textuelle » dans la matière de l’œuvre du grand écrivain amiénois. Non pas que celui-ci ait besoin d’une réhabilitation quelconque ; il s’agit ici d’une interprétation libre de passages de romans à l’aune de l’époque actuelle. Dans le poème intitulé « Le Docteur Ox », par exemple, on peut lire « Un jour tout se détraque au dix-neuvième siècle ». Eh bien, c’est un pied dans ce XIXe siècle de Verne et l’autre dans notre XXIe siècle que l’auteur compose ses poèmes : « Notre bureau ? Une sorte de royaume uni par / Un confort accentué ». La pollution (« noircir le vert de cette chlorophylle »), la politique (« Nous jouons à la guerre et il n’y aura pas de morts »), les petites mesquineries quotidiennes s’invitent dans le tourbillon des pensées déclenchées par la lecture. Il convient de faire pénétrer les poèmes au plus profond : ils ne se donnent pas, comme souvent chez l’auteur, à la première lecture, car ils ne cèdent pas à la tentation de l’écriture poétique facile, des mots jolis et simples. C’est pourquoi Jeunes et Vivants est un recueil qu’on parcourra en plusieurs sessions, auquel on reviendra ; c’est pourquoi il m’a fallu plusieurs semaines avant de le terminer, de l’assimiler et de le présenter. « Les rêves sont des maladies pour les adultes », lance Patrice à un moment. Et si, après avoir arpenté le territoire des Voyages extraordinaires dans notre jeunesse, nous y revenions justement à l’âge adulte, sans regarder nos rêves avec condescendance ? La proposition est aussi alléchante que maligne, et débouchera sans nul doute sur des redécouvertes par poèmes interposés.

Patrice Maltaverne, Jeunes et vivants, éditions de l’Alisier blanc, 978-2-9567316-4-1

lundi 31 janvier 2022

Babeluttes

« J’évoque le pouvoir thérapeutique de l’écriture : vider ce qu’on a dans le ventre, mettre en mots soulage, un peu. Ils me racontent le suicide, le viol, leurs peurs, les intrusions nocturnes alcoolisées paternelles, les parloirs, la séparation, la mort, l’inceste. » Les fragments qu’Aurélia Bécuwe rassemble sont le fruit, entre autres, de son expérience de professeure dans le primaire. Une professeure à l’écoute, qui n’hésite pas à pratiquer l’improvisation théâtrale dans sa classe où les enfants sont cabossés par la vie, la leur et celle de leurs parents. Alors elle « cache dans [son] tiroir un roman d’amour », le leur lit « petit bout par petit bout », sans pour autant faire suivre la lecture d’exercices de grammaire… au grand dam de l’inspecteur. Il se dégage de ces pages issues du milieu scolaire une profonde attention au bien-être (quelquefois un bien grand mot, au vu de certaines situations) des élèves. En cela, elles constituent bien plus qu’un recueil de perles d’école ; les situations douloureuses y côtoient cependant des anecdotes amusantes, parce qu’il faut aussi parfois laisser retomber la pression. « Mère, pourquoi me tancez-vous si vertement ? » : voilà une phrase que l’enseignante propose à ses élèves pour désarmer des parents trop énervés. Alternant avec ces pages contemporaines, d’autres fragments, en italique, fournissent une plongée dans l’enfance de l’autrice. Ici, le style se fait plus poétique, moins accroché aux difficultés de l’existence. Le vocabulaire, aussi, rappelle que c’est une « jeune Flamande » qui écrit : on y déguste des babeluttes (délicieuses friandises du Nord, voilà pour le titre), et « à la première drache, l’argile poisse ». Ce qui frappe dans ces petites proses, c’est aussi le sentiment de solitude qui se dégage d’une enfance que l’on perçoit, au début de la lecture, ancrée dans une sympathique communion avec la nature. Mais l’empathie est déjà en gestation chez Aurélia Bécuwe enfant : « Dans les hautes herbes, si l’on cherche bien, il y a toujours un être vivant à réconforter. » Comme si l’attention qu’on lui a refusée s’était tout naturellement portée sur ses élèves. Entremêlant passé et présent, enfance et enfants, ruralité et urbanité, l’autrice tisse un jacquard de fragments qui montrent la précarité sans la cacher et démontrent qu’être à l’écoute de l’autre n’est jamais vain.

Aurélia Bécuwe, Babeluttes, Conspiration éditions, 979-10-95550-26-6

mardi 21 décembre 2021

Ruban

C’est une correspondance poétique entre Valérie J. Harkness et Anna Jouy qui a abouti à ce livre. Cet exercice — cette contrainte — peut se décliner de mille manières ; ici, les deux poétesses choisissent de ne pas se répondre de façon explicite, préférant un ruban de sensations qui vont et viennent dans les poèmes sans pour autant constituer des maillons trop enserrés d’une chaîne. Et là réside l’intérêt de ce recueil, qui permet de guetter des thèmes communs, des images récurrentes… toute une construction dont la logique ne se révèle qu’après avoir lu l’ensemble du texte, car d’un texte il s’agit bien. Oui, les poèmes d’Anna présentent peut-être plus de métaphores (« On ne jettera pas de sel sur mon corps gelé »), ceux de Valérie une respiration plus courte et plus haletante (« Il / Faut / Se / Taire / Sur / Le / Secret »), mais, très vite, on oublie qu’on a ici deux voix poétiques et on lit un tout. Miracle de la correspondance entre deux amies, ou miracle de la poésie tout simplement ? Les « hommes bleus » des tout premiers vers vont ainsi se décliner en nuages, en mer — tout un cycle de l’eau qu’on pourra voir également comme cycle du recueil, un des cycles en tout cas : « La pluie est un champ lexical », dans lequel des barques bleues passent de poème en poème, d’autrice en autrice. Au point qu’« Être heureux devrait être bleu ». Pas de narration à proprement parler, plutôt une succession d’images qui campent des situations, des états corporels ou mentaux. Des rêves éveillés qui évacuent le morne quotidien, des silences qui traversent les vers en les ensemençant, pour la suite. On parcourt le ruban des poétesses dans un temps arrêté, où la poésie n’est pas simplement ornementale, mais bien vision quasi incantatoire. Et on voit arriver l’ultime vers en souhaitant ne pas encore se réveiller. Rarement féminin générique aura été aussi justifié à la fin, puisqu’elles et nous sommes désormais liées par Ruban : « Suspendues que nous sommes / À des lèvres ouvertes ».

Valérie J. Harkness et Anna Jouy, Ruban, éditions Rhubarbe, 978-2-37475-066-8

dimanche 19 décembre 2021

Dans l’herbe

« J’ai eu un énorme coup de cœur pour ce livre », m’écrit Rim Battal, que je me dois de remercier ici de m’avoir permis de lire ce recueil. Et comme je la comprends : l’écriture de Victor Malzac est au plus près du corps, faisant apparaître des similitudes de thèmes, ne serait-ce que celui-là, avec celle qu’elle pratique. Très travaillée, la forme de Dans l’herbe se déploie en répétitions et hoquets, en ruptures, dans un style qui a l’aspect du bégaiement. Mais, au fil de la lecture, celui-ci se mue en redoutable outil de persuasion : « on est, on a deux petits bras / d’enfant de fou deux camisoles // chacun son dos meurtri. / et des, et deux petits poumons tout petits tout // jolis, petits, deux taches deux poumons / fébriles ». Savons-nous en toute certitude qui est le narrateur qui parle la plupart du temps ? Pas vraiment, en tout cas pas clairement. Un adolescent ouvert à tous les excès de cet âge se dessine. L’herbe d’un parc lui sert d’écrin pour ses strophes, et si nous y rencontrons des camarades de classe ou des parents, quelques expressions nous rappellent aussi l’herbe qui pousse au-dessus d’une tombe, pourquoi pas. Ce qui est sûr, c’est qu’« on fume tout, beaucoup, très fort », on boit « l’eau des fontaines la vodka dans ce calice », on a « faim de poulet, du poulet dans les dents / tous les jours oui plein de poulet, dans des barquettes ». Il y a un appétit de vie palpable dans ce livre ; les plaisirs de la chère, on vient de le voir, et puis aussi les plaisirs de la chair, voire les deux mêlés, comme il se doit : « on veut bien se manger / le cœur le ventricule et le visage / oui oui oui, — collons-nous », « douze idiots, fous, // bouffons, se mangent l’entrejambe / pour rire ». Voilà de la poésie finement ciselée pour le plus grand effet sensuel, qui nous emporte dans une tempête de joie et de jouissance — quelquefois avec un air de tableau de Jérôme Bosch. Soixante-quatre pages aérées qu’on ne peut s’empêcher de lire d’une traite, et qui ont obtenu un bien mérité prix de la Vocation cette année.

Victor Malzac, Dans l’herbe, Cheyne éditeur, 978-2-84116-315-1

jeudi 2 décembre 2021

Plus tard, je serai troubadour, prophète, ermite ou moine errant

troubadour.jpg, déc. 2021

« Plus tard je serai troubadour. / J’ouvrirai ma boîte à poèmes / sur la place du village / et lâcherai les mots / à faire danser les cigales / dans les mûriers / sur la tête à mémé. » Dès le début du recueil, on est pris par la voix de Claire Vernisse : avec une jubilation certaine, elle chemine dans sa roulotte, accroche de temps en temps son « hamac de mots », en véritable « derviche / de la terre du dessus / et de celle du dessous ». Le trobar est là ; le chant n’est jamais loin. La poésie itinérante se pare de courts textes en vers libres autant que de proses poétiques ou de proses tout court (dont une amusante anecdote d’enfance sur le foot — l’humour est bien présent tout au long du livre), voire d’alexandrins (peut-être, s’il faut en mentionner une, justement la petite faiblesse, la rythmique classique prenant alors un peu trop le pas). Deux parties — « troubadour, prophète » et « ermite ou moine errant » — pour un voyage où les sirènes, les princes et les fées s’invitent tandis que la garrigue constitue un socle de senteurs, de saveurs et d’expériences sensorielles qui ancrent la poésie dans la terre, sur des « pieds / qui puent d’humanité ». Plus tard, je serai troubadour, prophète, ermite ou moine errant est un recueil qu’on lit avec le regard espiègle communicatif de l'autrice, emporté qu’on est dans un univers où la violence du quotidien cède le pas à la contemplation, même si de petites touches de « non essentiel » viennent rappeler que la poésie n’est pas déconnectée du monde ni de ses crises. Mais celles-ci restent subtilement suggérées : « Après humain / j’essaierais bien oiseau ». Les éditions Jacques Flament, qu’amatrices et amateurs de poésie n’identifient pas toujours à leur genre de prédilection, ont un catalogue où les vers et les strophes sont de qualité : ce titre en est l’exemple.

Claire Vernisse, Plus tard, je serai troubadour, prophète, ermite ou moine errant, éditions Jacques Flament, 978-2-36336-502-6

mardi 30 novembre 2021

Et voici la chanson

chanson.jpg, nov. 2021

Je dois avouer que j’ai remis plusieurs fois la lecture de ce recueil. Au bout de quelques pages, je sentais que ma lecture n’était pas en phase avec l’écriture ; je ne savais pas comment continuer. J’ai lu les comptes rendus de Pierre Vinclair et de Georges Guillain, deux passeurs qui m’ont souvent aidé dans mon approche de certains ouvrages : non, toujours pas possible de donner l’attention adéquate au livre. Et pourtant, il le méritait, je le savais. Ma brève conversation à son propos avec Hélène au Marché de la poésie me le rappelait aussi. Et puis aujourd’hui, quelque chose s’est débloqué. Et voici la chanson est composé d’instants, de sensations, de couplets hétéroclites dans un grand tout qu’on peut difficilement résumer ; la narration n’y est certes pas absente, mais elle n’est pas linéaire. Elle ne prend pas vraiment la forme de fragments, mais plutôt d’éclats — un mot auquel j’avais pensé avant de lire le second compte rendu ci-dessus, mais ça n’avait pas suffi. Des éclats de lune ou de soleil, astres auxquels sont associés les deux larrons récurrents Joug et Joui. Des apparitions les relient, des chansons viennent ponctuer le recueil. Il s’agissait dès lors d’autoriser le cerveau à entrer les multiples éclats de l’écriture d’Hélène dans de petites boîtes et de les apprécier un à un pour leurs reflets, sans chercher à en admirer l’hypothétique mosaïque. Sans pourtant se refuser à en coller certains à d’autres. Une convention de lecture exigeante, mais finalement assez naturelle une fois déclenchée. Il y a une véritable recherche visuelle (typographie, images, signes) et sonore (la lecture à haute voix facilite l’immersion) dans ce texte, qui savamment déstructure la phrase comme la ligne temporelle. Tiens, c’est même revendiqué : « Bon, c’est fini, sortez de votre trou, cette / musique doit être fracassée, la tonte est / commencée depuis longtemps, ciseaux / tombent sous l’arbre, fricassée de mots / finis, enterrés certains jusqu’au bout ». Et jusqu’au bout, image par image, avec également un humour discret mais réel, ça fricasse, ça touille, ça malaxe la pâte des lettres, ça convoque l’histoire, les rêves, l’amour, les opposés qui s’attirent. Il faut se lancer. Le dernier mot à la poétesse ? « Pas triste. Vivifiant. »

Hélène Sanguinetti, Et voici la chanson, éditions Lurlure, 979-10-95997-32-0 (le livre a paru initialement aux éditions de l’Amandier)

lundi 8 novembre 2021

Ève et l’Ange

ange.jpg, nov. 2021

Prolifique en revues, Thomas Pourchayre n’a que récemment publié son premier livre, qui se trouve être, aux éditions Gros Textes… Le Dernier Livre du monde ! Si ce dernier (oui, le mot est choisi) est à recommander, la présente chronique-minute évoquera un autre titre, Ève et l’Ange, une nouvelle parue cet été. Il me semble que cet ouvrage est très représentatif de la manière de Thomas, avec une véritable poésie dans l’écriture combinée à un imaginaire foisonnant, le tout agrémenté d’une dose d’humour subtil. Le prologue installe l’histoire d’Ève et de l’ange dans le récit d’un père à sa fille, se revendiquant ainsi du conte de fées. Conte un peu pervers, puisque la jeune femme découvre chez l’ange au sortir du bain (dans une de « ces baignoires / converties en abreuvoirs à vaches dans les champs », tout de même) une paire de testicules. « Du tout ! / C’est… un papillon ! / Enfin… c’est son cocon ! / Dites… Vous avez vu mon arc et mes flèches / et mes cuissots joufflus et mes joues fessues ? » : las, pas moyen de biaiser, Ève n’est pas née de la dernière pluie. Elle recueille l’ange pour un ménage mixte terre et ciel, et ce qui devait arriver arrive. « l’auréole de l’ange trépigne / les deux aréoles satellitent hésitent sur le sens / de leur révolution » ; ce n’est pas divulgâcher que de révéler que les deux vont coucher ensemble. Ce qui compte, c’est l’évolution de cette relation entre deux êtres, cette découverte de lui-même que l’ange fait au contact d’une jeune femme ni innocente ni délurée. La plume de Thomas frôle les corps, caresse comme avec des ailes d’ange, envoie des piques par moments. Le conte philosophique et érotique se teinte de poésie, et vice-versa, puis « un ange passe encore / et sans doute bien d’autres après / un nombre d’or certain et angélique d’anges / à endormir un troupeau de moutons / sans autre occupation que de brouter des mégots / sur un austère parking de goudron mièvre ». Peu de pages, beaucoup de… béatitude, ange oblige !

Thomas Pourchayre, Ève et l’Ange ou la Gravité négociable, éditions Abstractions, 978-2-492867-16-3

vendredi 5 novembre 2021

L’Oiseux

oiseux.jpg, nov. 2021

Quel texte étrange et fascinant que cet Oiseux, de Victor Rassov, au Cadran ligné ! Oiseau mutant au point de devenir adjectif, le curieux animal décrit dans cette suite de sizains en vers libres n’a d’oiseux, pour tout dire, que le nom : le dépeindre, voire l’apprivoiser, n’a rien de futile, puisqu’il nous emporte dans une traque – le mot figure en quatrième de couverture – au goût de subtile mosaïque littéraire. Une attention particulière est portée au langage, avec des vocables précieux ou rares, des trouvailles, un rythme haché par une syntaxe à l’os, légère comme un squelette de volatile : « Point d’énigme / en cette ornithique salaison. / Pur caprice du mauvais sens. / Aurait tendance à / s’annoncer / comme carcasse claire. » Victor Rassov se fait naturaliste pour saupoudrer des séquences explicatives, lesquelles ne jettent cependant qu’une lumière ténue sur l’objet de son étude. « On a pourtant dit de lui : / suppuration », « Certains l’auraient connu / grand comme ça » : les on-dit alimentent autant l’envol des mots que les descriptions techniques ou psychologiques. Que penser de cet animal qui « ne chie / qu’au pied des icebergs / et c’est / peut-être / sa seule / coquetterie » ? Quelle fonction incarne-t-il dans les poèmes, quelle pourrait être le sens profond de l’allégorie qu’il constitue peut-être, puisque l’Oiseux « expose à qui / veut bien l’entendre / la condition de sa litote » ? Au fond, peu importe ; il convient de se laisser emporter par la langue de Rassov, de le lire avec Buffon en tête. Pas commode, cet animal qui « libère un sale minerai / sur le pinson », mais fascinant, pour sûr. « L’Oiseux ne s’efface. Gourd / des rémiges alors / il tombe, / de corbe en serin / creuse une ascension dans la ramure / et toc. » Excrément précieux, deuxième texte du livre, poursuit dans l’étrange en traitant la défécation comme une extraction minière, dans des neuvains cette fois. Victor Rassov est sans nul doute une voix poétique singulière à découvrir et à suivre.

Victor Rassov, L’Oiseux, suivi d’Excrément précieux, Le Cadran ligné, 978-2-9565626-4-1

samedi 30 octobre 2021

Angélus des ogres

angelus.jpg, oct. 2021

Ce très court roman fait suite à Monstrueuse Féerie, paru un an auparavant et qui a déjà fait l’objet d’une recension ici même. « Je passais la majeure partie de mes journées dans le service pour patients volubiles, où la dégradation de l’accueil fait aux Monuments m’était devenue insupportable. Chaque jour, de nouvelles normes, de nouveaux interdits étaient promulgués. Et j’observais que plus le temps passait, plus l’on me traitait comme un patient ordinaire. » Voilà donc notre narrateur, après son histoire avec l’Elfe, après avoir effectué sa propre décompensation poétique – cette approche thérapeutique très personnelle avec ses patients, qu’il appelle Monuments –, installé comme « patient-salarié » dans le centre psychiatrique où il exerçait auparavant. La direction dudit centre semble s'orienter vers une sorte de mégalomanie technique de la guérison, prônant la pensée filtrée (« plus pratique pour vider le sens du monde ») qui doit supplanter la pensée singulière des prétendus malades. C’est une nouvelle rencontre qui va déclencher les péripéties relatées dans ce volume : Lucy est thanatopractrice, ogresse et mystérieuse, refusant à notre héros, lorsqu’il emménage chez elle, qu’il la voie entre minuit et cinq heures. Voilà qui est bien dans la veine des inventions barrées auxquelles nous a désormais habitués Laurent Pépin… d’autant qu’elle va prendre une part active à la (possible ?) guérison du narrateur en extrayant ses Monstres, déjà évoqués dans l’épisode précédent. Avec, on s’en doute, des répercussions tragiques. La langue est toujours maîtrisée, avec des images à la fois fascinantes et horrifiques qui puisent dans un imaginaire de contes de fées noirci aux troubles psychiques. C’est à la lumière d’Angélus des ogres que se déploie également le travail mis en place dans Monstrueuse Féerie (et vice-versa) ; à la lecture surgit l’impression que les deux volumes sont un seul et unique texte, tant les liens sont étroits et l’intercompréhension, essentielle. (L’éditeur annonce d’ailleurs le troisième volet, Clapotille, un nom expliqué en fin de volume.) Dans cet univers, le réel, dialogues à l’appui, le dispute au fantastique, même si les romans échappent à toute classification réductrice, et c’est tant mieux.

Laurent Pépin, Angélus des ogres, Flatland, 978-2-490426-10-2

dimanche 5 septembre 2021

Monstrueuse Féerie

monstrueuse.jpg, sept. 2021

Un conte pour adultes « aux frontières de l’onirisme et de la psychiatrie », m’avait écrit Laurent Pépin en me contactant pour connaître mon intérêt éventuel pour la recension de Monstrueuse Féerie, paru en octobre dernier chez Flatland. Le texte est « teinté de pataphysique, de psychanalyse, de poésie et d’humour noir », avait-il ajouté. Une sorte d’objet littéraire non identifié où la poésie est présente ? Voilà de quoi piquer l’intérêt, et parler – ce qui est ici relativement rare – d’un livre qui n’est pas un recueil de poèmes. Si la poésie n’y apparaît pas formellement par des retours à la ligne (excepté un court extrait du « Je voudrais pas crever » de Boris Vian), elle est néanmoins bien présente dans l’intrigue, puisque le narrateur, psychologue dans un centre psychiatrique, et plus précisément dans le « service pour malades volubiles », y pratique avec ses patients la « décompensation poétique ». Des patients qu’il préfère d’ailleurs appeler des « Monuments », la capitale matérialisant leur importance dans le récit, tout comme elle le fait pour les « Monstres » issus de l’enfance, et surtout l’« Elfe », jeune femme avec qui il entamera une relation ambiguë. Poésie dans l’intrigue, donc, mais dans une certaine mesure aussi dans le style, avec des images oniriques de créatures fantastiques, des souvenirs tordus d’enfance, des délires à la lisière du surnaturel où des réminiscences de Harry Potter rencontrent des tableaux surréalistes. En imbriquant flash-back qui évoquent l’origine des Monstres et histoire d’amour singulière avec l’Elfe, le tout dans un contexte de centre psychiatrique qui tape sur le système, Laurent Pépin brouille les pistes du réel et propose une plongée dans le cerveau de son narrateur (son propre cerveau ?). Celle-ci, tantôt grotesque tantôt tendre, ferait les délices d’un psychanalyste, c’est certain. Se contenter de la lecture sans prétendre à l’interprétation projette déjà dans un univers où l’excitant imaginaire prend le pas sur le banal quotidien. L’expérience mérite d’être tentée et ne saurait laisser indifférent.

Laurent Pépin, Monstrueuse Féerie, Flatland, 978-2-490426-12-6

vendredi 18 juin 2021

Mont Blanc-Winnipeg Express

winnipeg.jpg, juin 2021

Et hop ! il a sauté la grande flaque. La dernière fois que j’ai chroniqué un recueil de Seream, ce dernier habitait encore en Haute-Savoie, et le voilà désormais installé dans les plaines du Manitoba : « Winnipeg accouche d’artistes / une ville sans artiste ça n’existe pas / comme une ville sans banque / dire qu’il existe des banques d’artistes ». Il s’y sent bien, à Winnipeg, le poète… et artiste bien sûr, qui dit que la ville le « façonne », le « sculpte », l’« allume ». Il y a posé ses valises et s’est précipité dans les scènes littéraire et théâtrale du lieu, dont les plaques d’immatriculation portent la mention « Friendly Manitoba », ce qui lui « rendrait presque les automobiles sympathiques ». On trouve dans Mont Blanc-Winnipeg Express une compréhensible nostalgie des Alpes, un aller-retour mental entre ici et là-bas, la construction d’une identité américaine, mais aussi le roman en poésie d’un amour naissant pour un nouveau territoire. D’ailleurs, « un battement d’aile de papillon à Winnipeg / peut-il créer une catastrophe naturelle dans les Alpes ? » En tout cas, le livre de Seream crée un pont littéraire et offre la découverte, quel que soit le côté de l’Atlantique où se trouvent les mains qui l’ouvriront (la maison d’édition assure les envois en Europe, et une version électronique est disponble). Avec toujours son rythme, son humour, sa fidélité aux personnes et aux idées, parce qu’on ne change pas un poète en le déplaçant. On le nourrit. « Gabrielle Roy / descend de sa Harley-Davidson / engin sur la béquille / tenue cuir intégrale » : attention, même la légende des lettres locales (première lauréate étrangère du prix Femina, en 1946) va swinguer au rythme de la poésie express mais pas épaisse de notre ex-Alpin et désormais Manitobain. Merci l’artiste !

Seream, Mont Blanc-Winnipeg Express, éditions du Blé, ISBN 9782924915332

lundi 15 février 2021

Dans les agates

talon.jpg, fév. 2021

Stimulant petit recueil que celui de Michel Talon. On sait que Patrice Maltaverne, le taulier des éditions Le Citron Gare, va chercher dans son poézine Traction-brabant les poètes qu’il souhaite publier — tout en effectuant un véritable travail éditorial collaboratif. Pas étonnant donc que Talon, un pilier dudit poézine, se voie proposer aujourd’hui un recueil. Et c’est une excellente occasion de lire sa poésie du quotidien au phrasé rythmé, souple et polymorphe dans un ensemble de textes cohérent et sur la durée. Car la frustration que génère une revue, fût-elle aussi éclectique et bien pensée dans son inorganisation ostentatoire que Traction-brabant, c’est évidemment de découvrir une écriture sans pouvoir s’y plonger pendant longtemps. Ici, on accompagne l’auteur dans ses pérégrinations poétiques : « J’écoute s’époumoner les tilleuls. / Un orgue nu dévale ma pensée. Irrésistible. » Ce sont des fragments de vie, d’impressions, courtes phrases parfois sans verbe mais à la narration évidente. Les choses s’y personnifient, les êtres se fondent dans le mélange des scènes : « Relais H. Dans les gobelets, le café tape le journal, / l’ouvre en grand. Les titres ronflent ou gazouillent. » Le talent de Michel Talon est de ne pas forcer les images, sans pour autant se laisser aller à une langue facile ou trop simplement naturelle. Il y a du travail dans ces poèmes, un travail de collage des mots, des êtres et des choses où « Les Cubaines sur leur 31 accompagnent / un poème de Lorca » et où « Le givre a chaussé ses petites bottines vernies, sans voix ». Le patchwork guide l’émotion, l’assemblage est celui des meilleurs crus ; les couches successives se déposent jusqu’à ce que l’agate prenne forme, et on contemple le travail des millénaires en de simples poèmes brefs.

Michel Talon, Dans les agates, éditions Le Citron Gare, ISBN 978-2-9561971-4-0

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