
Envie d’entendre tout de suite un extrait d’Odes zaux zoizeaux ? Voici « aux saccades » :
De Laurent Grisel, j’ai déjà évoqué (en… 2016, ce qui ne rajeunit pas ce blog) l’étonnant et stimulant Climats, depuis réédité chez publie.net — maison qui ensuite ferma —, puis repris dans ce même volume après les odes qui feront l’objet de ce billet. À noter que Climats et Odes zaux zoizeaux font partie d’une trilogie : je parlerai sûrement du troisième recueil, PP, paru chez Lanskine. Mais venons-en zaux zodes ! Bénéficiant d’un accompagnement visuel de Sophie Dussidour, qui signe des estampes fortes, ces quatre poèmes sont bien dans la veine écopoétique qu’a développée l’auteur depuis des décennies — mais là, la précision scientifique de Climats laisse place à une voix lyrique, voire amoureuse, célébrant nos amis à plumes. Quelle empathie et quelle tentative d’éviter l’anthropocentrisme dans « aux saccades » ! Laurent Grisel y observe ces à-coups qui régissent la vie des poules : « elles sont, ces vues, par saccades / successives, ta conscience du monde — / ta ligne de conscience : saccadée / intermittente — ». Puis vient une ode « aux oiseaux déshydratés tombés du ciel par terre » : « qu’avez-vous de là-haut rapporté ? / quels rêves ? quelles prémonitions ? » Les interrogations, la volonté de communiquer se doublent d’une écriture musicale qui emprunte au langage des oiseaux (« vitt ! tsi di dit !! hviit ! hviiitt !! », font les hirondelles dans l’ode suivante, « aux sauveurs d’hirondelles ») et joue sur les sonorités : « ne vois la mort / yeux à yeux, bec à bec / que pour t’apitoyer sur toi-même / comme font aux cimetières en cortège / les pleureurs et les pleureuses pleurant / leur propre et prochaine fin ». Les élégants V des grues dans le ciel se trouvent comparés à nos assemblées terre à terre, assemblées qui ne peuvent que tourner la face vers « le bleu, le gris, le noir, vers le radieux, le bouleversé » d’un ciel où seuls les avions nous portent, nous pauvres bipèdes sans ailes. Moins frontalement militantes que Climats, plus tendres, ces Odes zaux zoizeaux nous rappellent que le vivant est multiple, fascinant, conscient et que nous n’en sommes qu’une partie bien réduite, bien faible. Une poésie à la fois politique et contemplative dans laquelle on ferait bien son nid. À quand d’autres odes ?
Laurent Grisel, Odes zaux zoizeaux, Les Lieux-Dits éditions, ISBN 978-2-4888035-15-6