
Envie d’entendre tout de suite un extrait de Casa d’Amor ? Voici trois poèmes :
« Et si peindre c’était / ouvrir une fenêtre / sur ailleurs / où des mondes gravitent / en d’autres dimensions » ? Cette interrogation de Marion Le Braz, en regard d’une toile de Soichi Hasegawa, témoigne du lien intime entre les œuvres de la galerie Casa d’Amor, à Saint-Paul-de-Vence, et les textes de ce recueil : les mots caressent les peintures ou les sculptures, s’y abreuvent pour les décrire parfois, les utiliser comme points de départ vers d’autres horizons souvent. Il conviendra, pour mieux appréhender ce dialogue, de regarder les extraits que publie Lisière éditions sur son site ; le format de ces chroniques-minute ne permet pas de restituer ces interactions si étroites entre arts plastiques et poésie. Mais les poèmes des trois autrices se tiennent parfaitement sans montrer les œuvres d’art qui les inspirent — même si celles-ci sont variées et stimulantes, raison de plus de se référer aux extraits mentionnés ci-dessus ! Bonne idée, d’ailleurs, que de rassembler trois poétesses pour cette exploration de la galerie. La voix résolument lyrique, souvent rythmée d’alexandrins, de Viviane Fournier (« Je m’étire me volute m’enliane / Je suis tige à dépasser le jour / J’ondule de silence et de courbes fragiles ») y côtoie donc celle, plus concise — et tutoyant les hexamètres —, de Marion Le Braz (« L’océan qui me pleure / festonne chaque vague / d’une larme d’écume »), tandis qu’elle contraste avec celle dense d’images, parfois sculptée à même la page, de Brigitte Bardou (« Dans la jachère du ciel / un soleil en manège / virevolte les couleurs »). « Trébucher / Basculer / Plonger », écrit cette dernière. Dans les toiles, dans les dessins, dans les installations… pour en tirer des mots qui « font croire à la possibilité d’une permanence de partage », selon Isabelle de Botton, la galeriste. Ce petit livre flatte à la fois l’œil et l’oreille, fait voyager vers l’inconnu par le simple fait de tourner la page : « Je vogue sans racines / à la surface de la vie / une brise soudaine / et me voilà au large », affirme Marion Le Braz. « Dans la rue nuit et jour, le silence s’éveille / Il ouvre l’horizon sur des pas qui se cherchent », semble répondre Viviane Fournier. Et Brigitte Bardou de préparer l’envol immobile : « et, moi, je reste là / tandis que de mes mains / glissent des plumes invisibles ». Que voilà un beau voyage pictural et poétique…
Brigitte Bardou, Viviane Fournier, Marion Le Braz, Casa d’Amor, Lisière éditions, ISBN 978-2-9586475-4-4