
Envie d’entendre tout de suite un extrait de Quelque part une ville ? Voici deux extraits en audio :
« Bris d’assiette / Une voix crie / Le jour tremble un instant, / Laisse filer une maille / Et reprend son ouvrage / C’est l’heure où quelque chose se trame / Au secret des cuisines » : discrètement, dans la première partie qui donne son titre au recueil, Brigitte Bardou observe. Parfois, des obstacles physiques se dressent sur son chemin, comme lorsque « Des chaussures patientent devant les portes closes ». Qu’à cela ne tienne, la poétesse débusque dans l’urbain les images que l’on néglige, souvent parce que l’on se concentre sur l’humain. Ainsi, « Un réverbère agenouillé / Harangue les passants », tandis qu’« Un parapluie s’ébroue sous un auvent / Puis se cabre et ferraille contre le vent ». Avec le « petit peuple du parc », elle chuchote, se glisse en catimini « au creux des venelles » pour composer des saynètes où l’inanimé assure la plupart du temps la narration. Mais voilà qu’« une marmaille en marée inonde le trottoir ». La ville de Brigitte Bardou s’offre à nous en vers où respire la saine curiosité, où l’attention au détail moque la quotidienne inattention d’une époque blasée. « Quand enfin / Le marteau-piqueur se tait, / Le poète s’acharne à écrire dans du béton / Ce qui tremble encore quelque part ». Cette inclination pour l’inanimé irrigue la deuxième partie, « Rires de pierres ». L’autrice y interroge ces pierres qui détiennent « La permanence du monde », y célèbre l’eau « Qui ritournelle l’infini ». Empreinte de lyrisme, caressante de mots, sa poésie continue de chanter la vie dans toutes ses acceptions : « C’est contre l’autre / Que le silex prend sa vie / Comme le regard / Comme la main tendue / C’est contre l’autre // S’il le veut bien ». Il y a donc une volonté comme un il y a un rire des pierres, et peut-être les galets sauront-ils nous l’expliquer. En attendant leur réaction, le recueil arpente les chemins, « nos avenirs de cailloux blancs », convoque le soleil, le sable, poursuit son entreprise de jumelage entre l’animé et l’inanimé. Nous sommes des pierres vivantes, semble-t-il nous suggérer. « Le temps est vertical / Cela pourrait s’arrêter là » : mais le temps du livre n’est pas linéaire ; on peut remonter son cours en tournant les pages. Alors, pour que les interrogations qui parsèment le recueil trouvent leurs réponses, « Nous reprendrons cette discussion / Demain ».
Brigitte Bardou, Quelque part une ville suivi de Rires de pierres, Lisière édition, ISBN 978-2-9583269-1-3