
Envie d’entendre tout de suite un extrait d’Ukraine. La poésie en guerre ? Voici un poème d’Anna Youtchenko en audio :
« Pour parler de Marioupol, il faut enlever ses chaussures » (Serhiï Savin). Discourir sur la guerre n’est peut-être pas réservé à celles et ceux qui la vivent, mais il convient d’écouter avec attention les voix qui se trouvent, de leur plein gré ou pas, au cœur des combats. C’est ce que propose cette épaisse anthologie de cent poètes et poétesses d’Ukraine, sous la direction de Volodymyr Tymchuk, écrivain et officier. À l’heure où un hiver « froid comme la glace, figée dans le pergélisol » (Anatoliï) rend les conditions de vie difficiles, ce volume donne à lire des poèmes issus de l’armée ou de la société civile, de personnes restées en Ukraine ou exilées, encore vivantes ou disparues — impossible de citer tous les noms ni les traductrices et traducteurs dans le cadre d’une chronique-minute —, offrant une chaleur humaine bienvenue. Les poèmes venus de tous les horizons, en majorité narratifs, sont, il faut le dire, souvent très patriotiques ou religieux — mais comment le reprocher à leurs auteurs et autrices, de plus dans un livre qui célèbre le combat d’une nation ? — ; ils représentent en tout cas un témoignage bouleversant et de première main sur une guerre déterminante en Europe. Notes, biographies et lexique final apportent des précisions intéressantes pour rendre concrète cette résistance que nous percevons à travers le filtre des médias, au gré des autres soubresauts du monde. Des perles de strophes, il y en a… jusque sur le front, où la poésie permet aussi de tenir : « la poésie vivra toujours / leur dis-je sur une fréquence radio / disponible pour nous seuls / et ils sourient » (Serhiï Roubnikovytch). Les formes sont variées, et un effort particulier a été fait pour essayer (ce n’est pas simple, foi de traducteur) de restituer les assonances et les rimes en français. Illia Tchenilevsky écrit ainsi : « J’ai envie de silence, sans mines, sans obus / Je veux juste serrer mon amie dans mes bras. / Mais les pensées paisibles sont jetées au rebut / Et la froideur des grenades suce mes doigts. » Mais « quand le silence se tut / la nuit commença à parler / la langue de l’ennemi » (Youliana Lé). Les paradoxes abondent en temps de guerre, « comme si / tout arrivait à quelqu’un d’autre et pas à toi / arrivait autrefois et pas maintenant / sur une autre planète / dans une autre galaxie / et pas dans cette ville… » (Olaf Clemensen). Le pessimisme gagne lorsque « les restes calcinés de la poésie / attendent l’enterrement » (Bohdan-Oleh Horobtchouk) ; c’est donc que la poésie est essentielle, qu’elle a une véritable force, un statut d’arme : « Dévie la guerre de ta main droite / Comme pour éviter une tempête en mer / Qui secoue le navire » (Tadeï Karabovytch). On se prend à rêver au pouvoir des mots, un pouvoir que célèbrent effectivement maints poètes et maintes poétesses de cette anthologie. On a envie de planifier la suite avec Maryna Provotorova : « Je veux rentrer chez moi / Pour simplement laver les draps / Et nettoyer les vitres / Pour faire venir le printemps… » Or, Victoria Fechtchouk traduit bien ce sentiment de guerre sans fin qui prend à la gorge à la lecture du livre : « une amie dit : il est difficile de prononcer la phrase : / “quand tout finira” car la guerre dure toujours / et les pauses pour le sommeil sont incertaines ». Et Ihor Myssiak d’enfoncer le clou : « on dit qu’ici, dans la steppe, seule l’herbe s’enracine. / elle s’épaissit comme la paix qui n’adviendra probablement pas de sitôt. » Comment terminer sur une note d’optimisme ? Peut-être avec Hlib Babitch, pourtant tué dans un véhicule militaire à Kharkiv : « Mais il s’avère que chaque molécule d’espace a un but précis, / Et chacun puise sa force dans des milliers de puits sans fond. »
Ukraine. La poésie en guerre, 100 auteurs et autrices, anthologie sous la direction de Volodymyr Tymchuk, éditions Abstractions, ISBN 978-2-492867-82-8

« Of course I enjoy rereading Shakespeare’s sonnets. But I do not believe that a traditional sonnet is a meaningful format to describe today’s world. » Voilà ce que m’avait dit Pierre Joris dans son 







L’automne, c’est la saison de la seconde livraison des Polders de l’année. Et comme l’habitude est désormais prise sur ce site, les voici donc évoqués.

Une évocation des bords de l’Alzette, dans le parc Laval, à Luxembourg-ville, sous forme de onze poèmes en prose narratifs, métaphoriques et à l’atmosphère parfois fantastique, inspirée de temps à autre par des mots d’auteurs contemporains ou classiques.









