
Envie d’entendre tout de suite un extrait de L’Archipel des maisons ? Voici le poème « U » en audio :
Dans les souvenirs d’Emanuel Campo, « chaque matin est un hiver urbain suédois ». Et lorsqu’il évoque le tunnel qu’il traversait là-bas pour aller de chez lui à l’école maternelle, il lui faut bien constater « qu’il y a des gens qui n’ont jamais eu de tunnel dans leur enfance ». C’est donc pour eux — qui peut-être ont refoulé leur mémoire ? — autant que pour lui qu’il écrit ce recueil, mélange de vers libres narratifs, de poèmes qu’on sent rédigés pour être performés ainsi que d’encadrés qui, tels des murs, entourent des aphorismes en forme de pièces de maison. La variété des formes, les ruptures syntaxiques rejoignent la constance des thèmes : l’enfance, bien sûr, la sienne et celle de ses propres enfants, en une sorte de boucle bouclée ; la question de savoir pourquoi on se trouve bien dans un lieu ou pas, pourquoi on voudrait s’en détacher, pourquoi on regrette le précédent ; une certaine nostalgie, par conséquent, même si la Suède d’Emanuel n’a rien d’un idéal. Installé désormais à Lyon, le poète est bien conscient que tous les endroits ont quelque chose à apporter, que l’on fantasme les lieux lorsqu’on les a quittés : « Il y a dans nos ailleurs des bouts de nos ici. » Ses racines méditerranéennes évoquées dans le livre le prouvent aussi. Alors, ses maisons, il les construit de souvenirs et d’anecdotes, de vers et de strophes, il les habite à force de travail sur la langue, celle qu’il a choisie pour écrire, puisqu’une autre lui échappe, comme il le confie à ses enfants : « Le suédois que je vous apprends est celui de mes quatre ans / vous aurez du mal à vous en sortir avec ce niveau-là. » Douce ironie de qui ne se prend pas au sérieux, tout en discourant avec verve sur le spleen des endroits et la nostalgie de l’enfance. Le mélange des origines s’invite également, véritable cocktail déclencheur de poésie tout comme efficace remède contre les préjugés : « Un vrai. Un pur. / Un vrai, un pur, les apparences. / Un vrai impur de souche » ; « Nos gènes ont un bilan carbone de bâtard ». Avec des mots qui « abritent des restes de météorite et de vieux norrois », Emanuel pose les fondations puis monte les murs de maisons qui offrent refuge et stimulent, où les cultures se mêlent pour former un béton armé devant les défis de l’existence. Avec à la fois humour et tendresse : « Trouver la force, la joie. / Créer l’amour. » Beau programme de construction ou de rénovation.
Emanuel Campo, L’Archipel des maisons, La Boucherie littéraire, ISBN 979-10-96861-70-5








« Of course I enjoy rereading Shakespeare’s sonnets. But I do not believe that a traditional sonnet is a meaningful format to describe today’s world. » Voilà ce que m’avait dit Pierre Joris dans son 







L’automne, c’est la saison de la seconde livraison des Polders de l’année. Et comme l’habitude est désormais prise sur ce site, les voici donc évoqués.

Une évocation des bords de l’Alzette, dans le parc Laval, à Luxembourg-ville, sous forme de onze poèmes en prose narratifs, métaphoriques et à l’atmosphère parfois fantastique, inspirée de temps à autre par des mots d’auteurs contemporains ou classiques.




