
Envie d’entendre tout de suite un extrait de J’ai mis le soleil dans la machine à laver ? Voici deux poèmes en extrait audio :
« En huit syllab’ je dis la peine / La joie, l’envie et les bobos / Je décris l’eau et puis les plaines / Je cherch-e le vrai et le faux » : dès le début, Liv Pirosh nous avertit que la métrique et la rime régneront en majesté sur ce recueil… dont le titre, bien entendu, est un alexandrin. Avec une certaine espièglerie, puisque des tirets matérialisent les diérèses (« Au fond de la Seine, mille clefs s’ét-i-olent ») nécessaires à la régularité des vers, ainsi que les e sonores quand ils sont, disons, peu orthodoxes : « Embrassant les octav-es suav-es et les sons ». L’apostrophe aurait pu (dû ?) suffire au deuxième mot concerné, certes, mais les poèmes jouent à nous troubler ; c’est la joie de la langue, le rapprochement des syllabes qui font le souffle de l’ouvrage. L’humour y affleure aussi en permanence, bien emmitouflé dans des habits rythmés : « La linguistique / C’est fantastique / Numismatique / C’est exotique / Psycho clinique / Un peu oblique / La rhétorique / C’est bucolique ! » Entre quatrains, sonnets et haïkus, la forme et la contrainte parcourent les pages sans que jamais l’on ait l’impression que le lyrisme est forcé. La mythologie, bien souvent prétexte à réflexions sur soi-même, est de la partie : « Un Orphée fou de douleur perdit sa Princesse. / Le pincement des cordes en un chant de sagesse / Et la voix, réunies depuis jamais ne cessent… / “Descendons aux Enfers retrouver la déesse !” » Tiens, au fait, que penser du monde d’ici-bas ? « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le monde / Est-il laid ? Est-il beau ? Si le monde est immonde / […] Je suis tenté de dir’ qu’il tournera sans moi / Je ne veux sourir-e si mes y-eux larmoient » ; mais, finalement, en conclusion de ce texte, « Le monde est si beau que je ne puis qu’être coi ». L’émerveillement se fait poème (presque) classique, emprunte aux formes d’antan pour dire la société d’aujourd’hui, avec des accents parfois philosophiques qui côtoient des drôleries quasi potaches. Bien loin d’une certaine poésie rythmée et rimée malhabile qui ne fait que reproduire des schémas en alignant des vers mignons, la forme sert ici un véritable discours, un regard sur l’existence « tantôt lâche et tantôt téméraire ». Derrière la contrainte se déploie un vrai projet, doublé d’un travail sincère et méticuleux sur le langage. Alors, gare à qui oserai contester l’attitude poétique de Liv Pirosh : « Je clame : qui me tourne en ridicule je l’éviscère ».
Liv Pirosh, J’ai mis le Soleil dans la machine à laver, Zinzinule éditions, ISBN 978-2-488277-09-9