
Envie d’entendre tout de suite un extrait de PP ? En voici un :
Premier élément de la trilogie qui comprend Odes zaux oiseaux et Climats, PP est un puissant et court poème de six petites pages consacré au polypropylène, cette matière plastique d’usage archicourant qui contribue grandement à la pollution des temps présents. Le texte n’a été édité en volume qu’en 2024, mais, comme les autres volets de ladite trilogie, a fait l’objet de plusieurs publications auparavant, en revues notamment. Laurent Grisel y examine le « pimpant imputrescible / insensible à l’eau, à l’huile, aux doigts / gras » de ce matériau quasi magique, y célèbre dans un élan lyrique d’ironie rageuse les ingénieurs « qui trouvèrent — Ô trouvères — / le catalyseur qui assemble / iso- et atactiques en co- / polymères séquencés ». On observe, grâce à un vocabulaire scientifique et documenté, la pollution des sols, la « gigue fatale, imprévisible », les « tourbillons / non calculables, non déterminés / flammes jaunes, fumées blanches ». Et puis aussi les accidents de transport, rares mais meurtriers, comme celui de 1978 sur la Costa Brava, « vêtements en feu, nageurs bouillants sous les / retombées ». Des lois, des normes s’ensuivent, certes. Mais le polypropylène continue son chemin de colonisation des terres et des corps. « Vie et non-vie, liaison / et déliaison. » On comprend aisément que Laurent Grisel ait voulu prolonger l’expérience avec Climats, qui se fera plus ample ; la trilogie, lorsqu’on y ajoute Odes zaux oiseaux, constitue un important jalon de la poésie d’inspiration écologique, un témoignage littéraire sur une époque de chamboulements majeurs pour le vivant, une incitation à agir, s’il en est encore temps. PP, en volume, est précédé ici de Qui ne disent mot, un recueil dont le fil conducteur pourrait être l’attention à son prochain. De l’hôpital (« Ne soyez pas inquiet / vous allez dormir. / Nous ne parlons pas ou très peu. / Vous dormez. / Nous opérons avec les yeux. / Bonjour. ») au bestiaire corse, de la lettre à un ami (« Que puis-je faire pour t’aider ? ») à un ryokan japonais, le poète promène en strophes, avec un sens aigu de l’image, son empathie pour ses semblables… mais également son aversion pour qui asservit ou méprise l’autre : « Allez ! Écrasez ! Écrasez, vous aussi ! »
Laurent Grisel, Qui ne disent mot, suivi de PP, éditions Lanskine, ISBN 978-2-35963-124-1