
Envie d’entendre tout de suite un extrait de Goudron forme lisière ? Voici « Les hauts plateaux », de Caroline Hugues, en extrait audio :
Sur la photo de Malou Quirin reproduite en couverture, près de 300 poètes (en herbe ou pas) ont planché pour cette troisième édition du concours proposé par Aleph-Écriture et la revue L’Inventoire, en collaboration avec les éditions La Boucherie littéraire. Ce recueil présente les quatorze lauréates et lauréats — je m’empresse de m’excuser du fait que le format de ces chroniques-minute ne me permet pas de citer chacune et chacun —, qui doivent apprécier de se voir publier dans un objet livre aussi élégant, qu’on pouvait se procurer au Marché de la poésie au début de ce mois de juin. Et ils et elles le méritent bien, tant les textes sont divers, travaillés et sincères ; stimulante est également la lecture de voix pas encore présentes partout où la poésie s’affiche ! De nombreux poèmes s’attachent étroitement à l’image et en proposent une quasi-description : « Le paysage / s’est fondu », écrit ainsi Philippe Cougé, tandis que Bénédicte Durteste imagine que, là, « l’ogre on l’évite / sur le chemin / on ne croise personne / aucun petit bonhomme ». « Le bois est une peau fatiguée, une texture de cuir séché, gonflée d’une humidité ancienne qui ne s’évapore plus » (Audrey Bouche). Anne Tuffelli Gimmig s’aventure même à l’intérieur : « je ne m’attendais pas / en cassant les lattes de bois / à découvrir une pièce rangée / livre ouvert sur la table ». Quant à Éline Müller, sa description lâche les vers libres pour une prose poétique sous forme de blocs de textes incantatoires sans ponctuation : « de la route au goudron éparpillé familier s’éloigne en catimini une jeune sente qui glisse ventre à terre à travers la forêt se faufile par monts et par ruisseaux saute les brindilles ». D’autres poèmes se concentrent sur les sentiments : « Aller encore dans l’abrupt du soir / où l’ombre même quitte les pas / pour coucher sa résignation / sur le bas-côté », écrit Mireille Sauvard ; Sarah Dufeutrelle offre « une pensée qui racine / sur le plancher natal », dans un élan de mots qui mêlent les espèces vivantes — c’est le titre de son poème qui donne le titre du livre. Entre ce qu’on voit et ce qu’on éprouve dans la tête se glissent aussi les sens physiques, comme chez Catherine Meng. « térébenthine les doigts collent de sève / je les essuie sur ma robe en vain », écrit-elle, dans des Vosges où « virevolte le secret de [son] embarras ». Usant de styles différents, mais qui tous se fondent dans les couleurs et les histoires qui peuvent sourdre de la photographie proposée, poètes et poétesses prodiguent la vivacité de leur langage, nous procurant le plaisir de la découverte. « sens un peu la fraîcheur / ça mousse gras vert ici / entends les oiseaux / ça bruisse haut ici » (Bastien Chevalier).
Goudron forme lisière, lauréats du 3e concours de poésie Aleph-Écriture & L’Inventoire, La Boucherie littéraire, ISBN 979-10-96861-73-6