
C’est le printemps, et donc la saison des nouveaux Polders.
Envie d’entendre tout de suite un extrait de Zones de dépassement des valeurs limites ? En lecture audio, « Hôtel de la plage » :
Charles Desailly nous plonge dans un monde où « les codes totalitaires assurent un haut niveau de sécurité ». Même si « le réel est une reconstitution », on y reconnaît sans peine notre société, tous les curseurs de la technologie triomphante poussés au plus loin, toutes les angoisses existentielles actuelles condensées en une cinquantaine de pages. Si le poète évoque notamment Chris Marker — se dégage une certaine atmosphère postapocalyptique qui rappelle celle de La Jetée —, c’est surtout au Prisonnier que le livre fait penser, avec sa société à l’emprise si forte qu’il est inutile de vouloir s’y soustraire. Si bien que, tout naturellement, la dernière de ces proses poétiques est dédiée à Patrick McGoohan, l’acteur principal de la série : « Le corps à bout de souffle cherche la clandestinité. » Le narrateur, logé dans sa « passoire thermique », consomme la pornographie comme remède, « [met] en culture » son « corps-machine » : « Il suffit de l’augmenter avec quelques accessoires. » Qu’il est simple, le progrès qui nous délivrera de toutes les corvées de l’existence ! Mais, malgré le confort, « une haine ordinaire monte dans toutes les strates de la société ». Qu’à cela ne tienne : « L’entreprise propose sa protection contre le harcèlement. Qui nous protège de l’entreprise ? » Habile résumé, en phrases courtes et incisives, de toutes les angoisses que peuvent créer le technosolutionnisme, le changement climatique, l’injonction à la performance, la surveillance généralisée, la mainmise de quelques firmes privées sur des États souverains, etc., le recueil appuie là où ça fait mal. S’il ne va pas jusqu’à proposer une utopie, il met sur la table les questions qui comptent et qui fâchent. « Le contenu de chaque cerveau sera-t-il prochainement analysé sur un fichier central ? »
Charles Desailly, Zones de dépassement des valeurs limites, no 209 de la collection Polder, ISBN 978-2-35082-634-9

Envie d’entendre tout de suite un extrait de Tu t’excuses comme un arbre ? Voici un extrait en lecture audio :
« tu te demandes / si c’est bien normal tous ces trous / que tout le monde creuse / pour de l’argent » : cette image plutôt adéquate d’un salariat qui aliène irrigue le recueil de Stéphane Gauthron, riche pourtant de liens de résistance. Lien avec les arbres du titre d’abord, immobiles dans le maelström d’une société qui a la bougeotte. Ceux-ci offrent l’ombre sous laquelle on peut enfin se détacher d’un emploi parfois absurde : « tu inventes le repos / pour donner le change à l’ennui ». Et quand « ton médecin / parle / d’anxiété », rien de tel que le lien à la famille, alors « tu penses à tes filles / minces et drôles ». Mais « tu coupes ta barbe / elle repousse / chaque nuit / dès que tu fermes les yeux ». L’existence est un éternel recommencement qui exige le labeur… car même « tes filles grandissent / et / cela change toutes les tailles / des vêtements et des choses / il te faut / tout refaire ». Avec des mots de tous les jours, sans forcer sur les métaphores qui semblent aussi naturelles que la végétation qu’elles évoquent, le poète capte bien cette fatigue qui résulte de l’activité professionnelle (« tu as trente-cinq ans / tu n’es déjà qu’une tomate séchée ») conduisant à désirer le pas de côté. Le parti pris d’utiliser le « tu » apostrophe lecteurs et lectrices, tout en ne laissant que peu de doutes sur l’aspect autofictif de l’ensemble : « tu ne peux pas t’empêcher / de laisser / des morceaux de toi / découpés dedans / ou dispersés dehors ». La poésie souvent mêle, le temps d’un livre, les émotions de qui écrit et de qui lit. Et force est de constater qu’on se retrouve dans les vers de Stéphane Gauthron, qu’on veut avec lui serrer fort un tronc pendant une pause bien méritée. Puis, malheureusement, « tes congés maladie se terminent / il faut que tu y retournes ».
Stéphane Gauthron, Tu t’excuses comme un arbre, no 210 de la collection Polder, ISBN 978-2-35082-635-6










« Of course I enjoy rereading Shakespeare’s sonnets. But I do not believe that a traditional sonnet is a meaningful format to describe today’s world. » Voilà ce que m’avait dit Pierre Joris dans son 







L’automne, c’est la saison de la seconde livraison des Polders de l’année. Et comme l’habitude est désormais prise sur ce site, les voici donc évoqués.

Une évocation des bords de l’Alzette, dans le parc Laval, à Luxembourg-ville, sous forme de onze poèmes en prose narratifs, métaphoriques et à l’atmosphère parfois fantastique, inspirée de temps à autre par des mots d’auteurs contemporains ou classiques.


