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jeudi 24 février 2022

Nouveau livre : Mélusine au gasoil

Vous pensiez que Mélusine, au grand-duché de Luxembourg, battait de la queue bien tranquille dans l’Alzette depuis le Xe siècle ? C’était sans compter sur la crue centennale de juillet 2021. Mélusine au gasoil revient sur cet événement en mêlant poésie, histoire, géographie et science… pour l’amour d’une sirène, même à l’odeur écœurante.

En fin de livre, une courte interview avec Pierre Joris.

Mélusine au gasoil, éditions Facteur Galop, février 2022, ISBN 978-2-493673-01-5


dans le parc parfois
je parle à Mélusine — elle a
toujours un bon mot, une parole
réconfortante, une voix flûtée
de personnage de légende
    qui couvre
le bourdonnement des voitures
parcourant sempiternellement
la côte d’Eich toute proche ;
elle souffle une brise légère qui
dissipe les vapeurs de gaz d’échappement

dans le parc on marche, on
oublie la ville & les pipelines &
le nation branding (le Luxembourg, ses forêts, sa gastronomie) ; on envie
le comte Sigefroi (v. 922-998)
d’avoir pécho une si belle
sirène : on ne l’aurait pas épiée à la
dérobée, nous, on l’aurait gardée
auprès de nous pour toujours
respectant son intimité hebdomadaire. les
légendes donnent l’assurance de
se comporter en gentleman
        pas de #metoo
    non, #notme
Mélusine, je suis le poète poli
policé même, qui ne te touchera pas
    ne regardera pas ta queue
dévoilée au bain
un samedi
    tant pis pour le comte
    qui a rompu sa promesse

lundi 25 octobre 2021

Nouveau livre : Vidée vers la mer pleine

videe-vers-la-mer-pleine.jpg, oct. 2021

Une odyssée de femme en trois parties, dont celle du milieu en prose poétique à bord d’un cargo de pavillon luxembourgeois (oui, ça existe), alors que la première et la troisième sont en vers libres (la plupart du temps !) ; un recueil de poésie narrative au féminin qui tantôt colle à la réalité, tantôt la détourne, tantôt la recrée ; une expérience d’une centaine de pages pour passer de la lassitude à la combativité.

Vidée vers la mer pleine, éditions Phi, octobre 2021, ISBN 978-2-919791-73-6.


Le premier poème :

Sonnet de la balustrade

Sur le pont dur qui enjambe le fleuve mou
les cadenas des amoureux transis ont rouillé
la chaleur humaine les gelées condensent
laissent des traces d’oxydation strictement physique

papiers gras chorégraphiés par le vent
je ne vous ramasse pas les notes d’un accordéon
ne résonnent pas non plus pour entraîner
les pigeons les moineaux dans la danse

odeurs de pain grillé effluves de poubelles pleines
les injonctions télévisées à la performance
me laissent de marbre je ne sauterai pas

je n’ai pas voté pour écraser les autres
ni avalé la taurine des boissons énergisantes
les remous en contrebas ne me feront pas gésir.

vendredi 11 juin 2021

Vidée vers la mer pleine

Pour le festival FAIM !, j’ai récemment lu trois extraits du tapuscrit Vidée vers la mer pleine. Comme ce site va bientôt atteindre deux mois sans publication (non pas que les activités manquent…), voici tout de même la vidéo :

lundi 20 août 2018

Nouveau livre : Foutu Poète improductif

Il ne fait pas bon être poète dans une société transnationale… sauf peut-être pour se voir offrir, après quinze ans de bons et loyaux services, un stylo Montblanc. Cette série de courts textes raconte de façon ludique l’aliénation par le travail à travers la lorgnette décalée d’un employé qui ne se veut plus modèle. Pour que les strophes vainquent définitivement les stock-options.

Couverture et vignette intérieure d’Éloïse Rey.

Foutu Poète improductif, éditions Rafael de Surtis, juillet 2018, ISBN 978-2-84672-466-1.


La nouvelle vice-présidente
explique dans une réunion capitale
une énième nouvelle organisation.
Il faut bien dans ces moments
concentrer son attention sur
quelque chose ; je lorgne d’abord
les bulles qui s’échappent
des verres emplis de liquide —
de l’eau pétillante en majorité
& un peu aussi de la saleté colorée
de cette entreprise tentaculaire
avec laquelle nous allons former

LA JOINT-VENTURE DU SIÈCLE.
Les gaz sont certes fascinants
mais la culpabilité due à l’effet de serre
m’envahit soudain. Il faut trouver
autre chose : justement
un mouvement attire mon attention.
Comme d’un trampoline miniature
une bestiole fait des bonds
dans les cheveux de l’oratrice.
Aux inflexions poignantes
sur l’avenir de notre entreprise
elle semble répondre
par des sauts plus hardis
tutoyant même le plafond.

La permanente impeccable
est le refuge idéal
pour cet habitant qui me nargue ;
son manège est bien entendu destiné
à mes seuls yeux : qui d’autre
ne serait pas envoûté par
la doucereuse complainte de la direction ?
Mais la provocation est vaine.
Je peux maintenant tenir aisément
pendant toute la réunion capitale
en observant le pou
de la vice-présidente.

jeudi 7 juin 2018

Nouveau livre : Apotropaïque

Il y a parfois des mots qui fascinent, au point que chercher leur définition dans le dictionnaire ne suffit pas. Autre possibilité : inventer une histoire, qui colle ou pas à ladite définition, et en faire un acrostiche. C'est ce à quoi je m’étais attelé en 2014, et qui devait paraître à l'époque... et puis d’autres réjouissances poétiques sont venues chambouler le programme. Mais, quatre ans plus tard, Apotropaïque arrive tout de même. J’espère qu’on pardonnera l’écriture un peu chancelante de ce tout premier livre 8^)

Apotropaïque, éditions Phi, juin 2018, ISBN 978-99959-37-61-4.


Coquecigrue : Vieilli A.− Oiseau imaginaire, fabuleux. [Une imagination évocatrice] de monstres ou de coquecigrues (Coppée, Franc-parler II,1896, p. 196). B.− Au fig. : 1. Fantasme, illusion. S'arracher aux coquecigrues d'un demi-sommeil (Lorrain, Heures Corse,1905, p. 12). 2. Spéc. Conte en l'air, baliverne, sornette, sottise. Conter, débiter des coquecigrues; se payer de coquecigrues. Les coquecigrues d'un prêtre naïf (Mauriac, Pascal et sa sœur,1931, p. 64). (Trésor de la langue française informatisé)

C’est la compagne du phénix
Ornée de pennes de fête
Qui pérore :
Une allure altière
Et puis
Ce bec !
Il a de la prestance, celui qui partage mon nid
Gare cependant !
Restez à bonne distance
Une étincelle
Est si vite arrivée

lundi 11 décembre 2017

Nouveau livre : L’Oreille arrachée

Au cœur de la capitale belge se trouve un écrin de verdure historique un peu méconnu. On n’enterre plus guère au cimetière du Dieweg, ou alors sur dérogation exceptionnelle ; mais on s’y promène, dans un havre de tranquillité où l’abandon des êtres humains côtoie l’ingénieuse reprise en branches, en feuilles, en fleurs, en ailes ou en pattes de la nature à peine dérangée.

Au fil des sentiers, le poids de l’histoire s’impose à quiconque a la bonne idée de pousser le portail d’entrée. Tenter l’aventure de la balade, c’est aussi se rendre compte qu’il est difficile de ne pas laisser errer son imagination — de ne pas inventer à chaque pas les destins extraordinaires de celles et ceux qui nous ont précédés et qui reposent là, oubliés probablement, mais parties intégrantes de la grande épopée bruxelloise… et tout simplement humaine. Il faut leur rendre les épitaphes absentes ou effacées. Forger celles-ci de toutes pièces au besoin. C’est ainsi que ce livre est né.

L'Oreille arrachée, maelstrÖm, décembre 2017, ISBN 978-2-87505-296-4.



 

Photo : FT

LE TEMPLE DU SOMMEIL

Oui j’ai péché
j’ai trahi, j’ai vécu
j’ai aimé et j’ai tué
j’ai rimaillé aussi
faites de même
l’entretien des cimetières
est une notion toute subjective.

mercredi 1 novembre 2017

Nouveau livre : Lorsque je serai chevalier

Pourquoi continuer à écrire de la poésie, quand tant d’autres le font si bien et que si peu la lisent ? Au fond, quelle est la légitimité d’un poète dans le monde actuel ? C’est à ces interrogations que tente de répondre ce livre. On y trouvera en ouverture une élégie urbaine au style apaisé et métaphorique, mais bien vite aussi la brutalité de la chevalerie qui veut convertir les mécréants à la beauté des strophes. On y lira les velléités de résignation et de retour à l’humus, mais aussi la violence intérieure d’une révolte qui frôle les limites de la violence physique. Parce qu’on ne renonce pas facilement à la poésie. Finalement, ce livre est peut-être bien le renouvellement d’un credo.

Lorsque je serai chevalier, Jacques Flament Éditions, 120 p., 12 €, ISBN 978-2-36336-331-2.


[...]

À la Fnac de Metz, le rayon consacré à la poésie commande à l’amateur de se mettre à genoux pour parcourir les quelques livres proposés. Pas beaucoup d’auteurs contemporains : il faut croire que la valeur commerciale d’un poète ne s’acquiert qu’avec les obsèques ou le bienheureux hasard des émissions télévisées. Afin de guider le lecteur dépendant qui parviendrait à se tenir à quatre pattes le temps de choisir sa drogue, quelques panonceaux comme des balises, pour éviter que les grands noms soient noyés par des amateurs iconoclastes. Le premier, c’est « Appolinaire ». Mais oui : qu’ont-ils donc, ces poètes qui s’appesantissent sur un art éculé et qui ne se soumettent pas à la légèreté souveraine du divin marché ?

[...]

mardi 21 mars 2017

Nouveau livre : Ptérodactyle en cage

Le spectacle Ptérodactyle en cage a été créé le 9 mars 2017 à la galerie Simoncini, à Luxembourg-ville, dans le cadre des festivités du dixième anniversaire du Printemps des poètes Luxembourg. Les textes du recueil étaient accompagnés d’œuvres de Schönberg, Scriabine, Glass, Janáček, Kurtág, Satie, Cowell, Prokofiev, Bartók, Poulenc, Ligeti et Bach. Texte et voix : Florent Toniello. Conception musicale et interprétation : Jean Hilger. Assistance musicale : Colin Toniello.

Ptérodactyle en cage, éditions Phi, ISBN 978-99959-37-39-3. Dans les librairies au Luxembourg, sur le site de Phi et en commande ailleurs.

Un tout petit extrait (la fin) du spectacle (qui dure une heure) en vidéo...

... et un des poèmes du recueil :


25 mars : gazouillis

je n’envie pas les oiseaux
et leurs nids frêles
comment les descendants des dinosaures
peuvent-ils quémander des miettes
dans les squares, les jardins
— s’accommoder d’une vie
en cage ?

ptérodactyle en puissance
je déploie mes ailes
aiguise mes griffes
fonds sur la proie
des miradors qui brillent
au soleil — qui narguent
avec insolence le sempiternel
chemin de croix
de la promenade quotidienne
 

lundi 23 novembre 2015

Nouveau livre : Flo[ts]

Vient de paraître aux éditions Phi : Flo[ts], récompensé par le premier prix du Concours littéraire national du grand-duché de Luxembourg. Dans ce recueil, j’ai voulu évoquer l’histoire de notre planète, parcourant les millions d’années, jusqu’à l’avènement de créatures dont certains pensent qu’elles sont l’avenir de l’humanité. C’est pourquoi on y trouvera pêle-mêle des alexandrins, des octosyllabes, des rimes riches et pauvres, féminines et masculines, mais aussi des vers libres, des acrostiches, des constructions de phrases avec du gras dans les poèmes ou bien des petites capitales qui tiennent lieu de titre, mais aussi des poèmes avec de véritables titres, des poèmes courts et des poèmes longs, enfin toute une diversité poétique qui représente le monde tel qu’il a été, qu’il est ou qu’il sera. Vaste programme, oui, mais l’avantage du poète est qu’il n’a aucune prétention à l’exhaustivité.

Ces Flo[ts], ce sont évidemment ceux de l’Alzette qui coule près de chez moi, mais ce sont aussi ceux de la Méditerranée où se passent des choses effroyables, ou ceux des fjords norvégiens troublés il n’y a pas si longtemps. Parce que la guerre et les massacres sont dans ce livre, bien sûr, puisque l’espèce humaine ne sait pas y renoncer. Mais on y trouvera aussi l’optimisme de la nature, des « choses » personnifiées qui veulent communiquer leur joie de vivre et nous faire cadeau des leçons qu’elles ont tirées de leurs vies parfois mouvementées, parfois aussi tranquilles que les flots des rus qu’elles bordent. Les fleurs vous parleront, les pierres aussi. Saurez-vous écouter leur message ? Cependant, je l’espère, aucun écologisme benêt dans ces lignes. La poésie n’a rien à imposer : seul le lecteur y décèle ce qu’il lui convient de déceler. Le poète ne peut que guider ceux qui veulent tenter l’aventure des mots.

Et puis ça encore : dans la précipitation pour publier le recueil avant les Walfer Bicherdeeg, je n’ai pas fait pour moi-même ce que je fais pour les autres, me concentrant trop simplement sur la mise en page des poèmes. Erreur d’un débutant pour son premier livre publié. Alors, le correcteur que je suis assume entièrement la responsabilité des coquilles des pages 15, 19, 62, 88 et 102. Il était trop tard pour les corriger lorsque j’ai relu le texte de manière « technique ». Les autres (si je n’en ai pas oublié, bien sûr) sont volontaires, notamment l’absence de trait d’union dans certains mots composés. J’espère pourtant que, pour les lecteurs pris dans les vers, elles passeront inaperçues en grande majorité.

Voilà, quelques mois de travail s’achèvent maintenant. Place aux lectures qui viendront bientôt, et place aux lecteurs.

Flo[ts], éditions Phi, ISBN 978-99959-37-19-5. Dans les librairies au Luxembourg, sur le site de Phi et en commande ailleurs.


C’est le bruissement des ailes
qui m’éveille à l’aube. Ses pattes
regorgent déjà de mon pollen
Le NECTAR est un vin doux
dont les vendanges s’étalent
et qui déchaîne les caractères industrieux

Enivrée de passion, l’abeille
virevolte et entame
un tango à six pattes
avec mon pistil. Astor Piazzolla
lui-même y préside
acclamé des étamines
pâmées devant la sensualité
d’une danse qui pourtant n’appelle
que le mouvement des cœurs
Serait-ce alors Carlos Gardel
qui susurre sa mélopée envahissante
à travers mon champ ?

Fi du maître argentin
l’abeille titube — bat des ailes
d’un mouvement inégal
overdose de plaisir indicible
Se retourner est une gageure
Partir pour la ruche un déchirement
Justement la ruche :
où peut-elle bien être
dans ce lac de volupté liquide
épicé au lait d’ânesse de Cléopâtre ?

Tout dard sorti — antennes déployées
elle cherche à s’élancer
tournoie en mon sein puis
au-dessus un moment
pour retomber dans la caresse. Accalmie
Je fais de l’effet, moi !
Elle tremble encore de son envol
Ma sève n’en revient pas
d’avoir apporté de si bas
un tel concentré de délectation.