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vendredi 8 décembre 2017

Vous savez × 4


Image : aum (syllabe primordiale en sanskrit, écriture devanagari). Source : Pixabay.
Or vous voyez la Terre & jusqu’à son satellite
écorchés de fleuves aux sources découvertes
où les éléments synthétiques se déchaînent
où les ruissellements moussent de bulles jaunâtres

Vous comprenez la physique quantique & les positions
hasardeuses des neutrons libérés de puissance extravagante

Les sommets des rectangles s’arc-boutent d’une géométrie variable
les nombres imaginaires deviennent peu à peu réalité
les équations remplacent les proverbes & les dictons qui
culbutent leur sagesse dans de vertigineuses pentes d’acier

Vous connaissez l’absence de ponctuation sereine
& les chemins de traverse désormais bouchés de la poésie lyrique

Or vous embrassez les luttes & compatissez aux souffrances
vous êtes sel & mer vous êtes sucre & fruit défendu
les marées vous portent là où les prophéties annoncent
des êtres androgynes pourvus de membres augmentés

La vieillesse a cédé devant l’arsenal des chercheurs
pour un instant au moins d’éternité savoureuse

La cartographie a révélé tous les secrets & les glyphes
ont tous été déchiffrés au moyen de puissants calculateurs
vous tenez dans vos mains un modèle réduit de l’univers
qui de maintes particules d’imagination soutient votre existence

Dans les lieux publics vous restez seule & à l’affût
scrutant les autres à travers un filtre de lunettes fumées

Les campagnes respirent l’air du fumier abandonné
& les villes déploient leurs pistes asphaltées qui tournent
en rond dans un gigantesque bal de mobilité fervente
les valses sont désormais à 4 temps comme tout le monde

Or vous observez la neige d’été & la moiteur d’hiver
vous barbotez dans les lacs asséchés après de longs vols stériles

Vous avez lu tous les livres vous avez vu tous les films
mais votre envie n’est pas éteinte & vous planifiez
des excursions sur des planètes lointaines en apprenant
la langue de futurs extraterrestres qui seront vos amants

Les pelleteuses & les excavatrices sont sans cesse en action
les oreillers chuchotent la vérité aux dormeurs

Il y a dans le cri du perroquet comme une complainte nostalgique
& dans les enceintes comme une mélopée suave
les ondes couvrent désormais toute la surface connue
les rats & les méduses prolifèrent les abeilles agonisent

L’ornithorynque est devenu un évangile & les affiches
en relief sont parées de 1 000 lumières multicolores

Or vous serrez contre vous vos effets personnels
craignant des personnages de fiction venus de par-delà
les mers pour vous dépouiller & vous violenter
vous introduisez votre clef avec précaution dans la serrure

Du ciel les tempêtes déchaînent d’éclairs leurs complexes
les tourbillons & les cyclones sont légions triomphantes

On verse du savon dans les geysers pour les déclencher
on vinifie par tout climat on en exporte le breuvage
les coalitions se succèdent au rythme des élections pressées
pour effacer les restes de slogans qui tranchent

Or vous portez des bijoux en diamant reconstitué
qui garantissent un traitement équitable

Or vous agissez en connaissance de cause
vous rassemblez en vous les espoirs de l’humanité
& le poids de millénaires d’évolution bridée
vous déclenchez d’un geste les nourritures terrestres

Cueillir des baies au bord des champs & s’écorcher
les doigts aux clôtures grillagées est devenu un luxe inutile

Vous voyez pourtant les rides & leurs crèmes
au collagène reconstitué à l’extrait du dernier tubercule
combien pour une molécule d’oxygène aromatisé
pour un arpent de terre arable sous les tropiques

Les avalanches charrient leurs couleurs fluorescentes
jusqu’au pied des montagnes étêtées

Or vous aspirez voluptueusement les eaux
fraîches des nappes phréatiques à la paille
les oiseaux picorent attentifs au moindre bruit
les mégots éparpillés sur les voies ferrées

Des mirages savants déferlent en permanence
dans des déserts surchauffés à blanc d’étendue envahissante

Vous coincez du carton plié sous le pied d’une chaise
pour conjurer l’effet retors du dynamisme bancal
les scies sauteuses sont chargées de réprimer les envies
de croissance végétale effrénée & sans règles

vous voyez les lumières de la ville dans la nuit qui n’est plus
Or vous réfléchissez à votre chemin à votre destination

vous ne voulez pas qu’on vous l’impose
vous respectez les feux rouges vous ignorez les injonctions
de certains prêcheurs vous adoubez les autres
L’étincelle de la vie est au plus loin de l’univers

la relativité s’applique à la culture comme aux photons
Or vous voguez dans des eaux dont le trouble ne dérange plus personne ou seulement

ceux qui voudraient y voir leur reflet celles qui aimeraient tremper leur corps fatigué
rafraîchir les poitrines
abreuvées de vaporisateurs ou
de silicone Or vous connaissez les drames vous retenez les abus

même si vous parcourez toujours les magazines de papier glacé aux photos retouchées &
aux recettes de cuisine biologiques

comme des encensoirs emplis d’anesthésiant Or {vous
savez vous savez vous savez vous savez}
Ces quatre vérités vous démangent &
les statues anciennes s’animent sous le vert-de-gris pour vous sommer de ne pas vous taire

pour vous enjoindre de ne pas demeurer lèvres closes
Or votre cerveau est plastique
sous les effets de la programmation neuro-linguistique diffusée
par tous les papiers tous les écrans tous les haut-parleurs

& les notes de Bach se cognent aux riffs de Coltrane pour un mélange savant
de lieux communs où affleurent quelques percussions javanaises ou chants tibétains
voire vocalises pygmées Or vous caressez d’une main votre lapin domestique
tout en cuisinant un succédané aromatisé Vous mettez le disque en pause car on
ne peut tout de même pas
Que ne peut-on pas déjà Or vous
connaissez par cœur les refrains les ritournelles les monceaux de rythmes mondialisés

vous dansez vous chaloupez vous tanguez
vous exécutez des mouvements lascifs Les bruits
environnants

sont votre cocon Or {vous savez vous savez
vous savez vous savez} Les flûtes sont
de plexiglas les hautbois de marbre
Des antiennes vous prennent par la main

vous interdisent de dire le monde de
dire ce que {vous savez vous savez vous savez vous savez} & les statues toujours sont immobiles & bougent dans votre imagination & vous intiment
de ne pas
abandonner
Or vous êtes sur le point de céder mais
sur le point seulement

& les cris dans votre intérieur
se succèdent les digues se fissurent
le granite étend ses veines dont les globules noirs de mica propagent votre douleur de doute
& cogne cogne le ciseau du sculpteur qui tire
du matériau brut
de votre corps
la fréquence de résonance qui amplifie toute chose jusqu’à son apogée

Or vous cueillez les fraises dans d’immenses serres de verre bleuté vous dégustez leur arôme
qui masque les velléités
d’éclatement de la
réalité qui n’a rien de virtuel Vous soutenez
les candidatures de la société civile qui plongent leurs racines aussi profond que
la superficialité le permet Or vous êtes dilemme car
{vous savez vous savez vous savez
vous
savez}
les intestins vous brûlent les poumons
sont déjà atteints il n’est jamais trop tard pour parler
vous retardez le moment des entretiens
avec les rois du monde Les trônes restent d’or massif qu’il faut désormais recycler

on construit les discours à coups de mèmes
Or vous vous penchez sur un lit d’hôpital
le trésor de l’oxygène l’alimente
Les arguments tournent aux arguties Il est
temps {vous savez qu’il est temps vous savez vous savez
que le moment est venu vous savez}

VOUS. — Je vois les veines ouvertes du monde & les liquides colorés qui en suintent. {Je sais les directions vers lesquelles l’avenir nous pousse. Je constate le désordre des apparences & la douce indifférence devant l’advenue du déluge. Le synthétique prime le naturel & les igloos fondent au soleil de l’exploitation des gisements arctiques. Je sais les chaleurs torrides. L’eau reste d’un clair pourtant obscur. Je sais les piqûres d’insectes en nuées sur les récoltes maigres des clairières de la forêt jadis vierge. Je vis bien. Néanmoins je sais l’éclatement final & je le prononce.}

LE PRÉSIDENT. — C’est par mon ordre & pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

LA DIGNITAIRE. — La possession est reine & l’accumulation princière. Nous avons construit une société d’abondance & d’écoulement infini. Nous léchons la fraîcheur des crèmes glacées. Nous nous abritons derrière des paravents qui conditionnent l’air & l’entrée dans nos cercles. Le mérite est notre seule religion. La puissance de l’individu est seule fondatrice des largesses qu’enveloppent nos regards & nos embrassades. J’entrevois un avenir radieux & j’augure de temps qui deviendront immémoriaux.

VOUS. — Les avions forment un ballet si complexe dans le ciel qu’on croirait une toile d’araignée. Les cimetières proposent désormais des tombes gratte-ciel. Les édits sont révoqués & les traités au placard. J’annonce l’accélération & les plaies ouvertes de l’emballement. Je pressens des forces au pouvoir inexorable.

LE PRÉSIDENT. — C’est par mon ordre & pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

LE MOINE. — ॐ  .

VOUS. — {Je sais les idées noires & les sombres desseins. Je sais les étourdis qui voient de leurs illusions les cadeaux qu’ils ne soupçonnent pas de les empoisonner. Je sais la réduction des couleurs du prisme d’un spectre lumineux continu à la binarité numérique. Je les sais.}

LA CHIFFONNIÈRE. — Il ne me reste plus qu’à collecter à ramasser à reprendre à chaparder. Je me baisse plus bas que terre dans cette vie avec l’espoir de monter plus haut que le ciel dans une autre. Mais je n’y crois déjà plus. Il me semble que les différences s’exacerbent & que les fibres deviennent de moins en moins recyclables. Je me nourris d’expédients lorsqu’il le faut. Je chantonne dans les rues à l’aube. On s’éveille à mes vocalises qu’on croira gaies. Mes enfants chantaient eux aussi lorsqu’ils étaient vivants. Je contemple les palais de marbre qui se dressent sur mon chemin. J’en époussette les marches dans l’espoir qu’ils me transmettent leur agréable fraîcheur. Je voyage à petits pas. Mon pèlerinage est permanent & mon endurance inconnue des visiteurs des plages où je ne me baigne plus.

LE PRÉSIDENT. — C’est par mon ordre & pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

LE PEUPLE PREMIER. — Nous vivions à la traîne. Nous faisions l’amour à la belle étoile. Nous vivions dans la crainte & nous vivons dans l’abrutissement. Rien de nos peurs ancestrales & irrationnelles n’a vraiment changé. Nous voyons désormais nos travers plus que nos liens & nous respirons dans le même rythme que les empires triomphants. Dans notre cosmogonie ce serait un présage. Mais nous n’étudions plus les présages car les images nous ont déjà tout dit.

VOUS. — Je ne peux plus me taire & je dois annoncer.

LE MOINE. — ॐ.

L’EXTRATERRESTRE (♀). — J’ai pour moi le privilège du voyage temporel & spatial. J’ai pour moi le privilège de l’expérience. Je ne convoite aucune richesse ni aucune ressource. Érigez-moi en messie si vous le souhaitez. Rien ne vous y oblige cependant. Mais je partage le constat & je construis de mes pensées gazeuses une salve d’avertissements un tsunami de présages un raz-de-marée d’oracles. À vous d’en décoder le langage.

LE PRÉSIDENT. — C’est par mon ordre & pour le bien de l’État que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

LA DIGNITAIRE. — J’entrevois un avenir radieux & j’augure de temps qui deviendront immémoriaux.

VOUS. — {Je sais que mes paroles seront acides je sais que mes phrases seront contondantes je sais que mes verbes seront transitifs je sais que mes mots seront autant de lames.} J’expose enfin au grand jour l’état du monde.

or à vos mots retentissent les cris d’effrois                les appels au secours dépassent la couche d’ozone                rien plus rien ne retient les boues d’épuration & les déchets ultimes                    plus rien ne fait obstacle à la dernière goutte de carburant        une moitié de l’humanité tombe à genoux & l’autre joint les mains                torsions flatulences compressions brûlures        le repos devient un concept théorique que les rayons ardents désintègrent            vociférations alarmes dissonances charivaris        amas concrétions les grottes régurgitent les millénaires        pestilence des saveurs dans les greniers où se terrent            poudre à canon dans les barillets de            les

animaux sont assaisonnés de sauces aigres-douces qu’on fabrique en            bâtons de pèlerins & de supplice            les bruits deviennent des stridences les aigus des                radiations comme des phares des lampes qui attirent pour            brasiers tumulus l’œuf de l’ultime phénix est écrasé par une météori                    les métaux en fusion les cheveux dress                une clarté verdâtre émerge des décombres les verrues dégorgent de        le pus le putride        océans immenses & dévastateurs        la poussière bouche les alvéoles des poum        les refuges se font rares    il faudra    les cachettes sont éventées        il faudra        nous avons joué avec la vie        il faudra        il est trop        avec        les liasses d’étincelles en feux d’artifice        peut-être            {vous saviez vous viez vo savie vous sav}
•••

lundi 18 septembre 2017

S’il te plaît, écris face à la mer

La mer dans les îles Orcades en Écosse. (Photo : privée)

Lorsque tu écumeras
le sel qui décante de tes phrases
veille à utiliser un maillage serré ;
sinon, comment rendre
la sueur du ramasseur de goémons
le frêle équilibre de l’enfant
qui frôle de ses pieds nus
les côtes de ton territoire si terrestre ?

Il faudra pourtant
te tourner vers l’espace marin et
accueillir la houle — coloniser l’estran
de tes idées vagues pour arrimer
tes vers au réel. Il te faudra bien sûr
respirer dangereusement des algues vertes
pour extirper les couteaux à vif
de leur sable refuge

Je me souviens : un bernard-l’hermite
une plage tropicale de sable blanc,
des patates de corail, l’envie de plonger
pieds nus pour admirer les poissons multicolores ;
mais tu veilleras, toi, à protéger tes membres
de la morsure du poisson-pierre —
à polir le sable jaune jusqu’à l’usure
avant le naufrage imminent des pétroliers

Tu compteras avec soin les salves
de lumière du phare dans le lointain
pour en donner le rythme aux mots.
De l’avitaillement, tu maîtriseras la cambuse —
tu feras du port ton mousse bienveillant
dans les bars de marins, dans les capitaineries
tenant sans cesse le cap de ton journal de bord
le nez levé vers les constellations
à vue, sans compas ni sextant
entre deux îles polynésiennes

Tu te plongeras dans les traités de navigation
y maudissant les quarantièmes rugissants ;
tu en copieras les règles de syntaxe
et d’accord entre voiles et vents
pour échapper au calme plat
d’un carnet désespérément vide. De sens
il ne saurait y avoir sans que tu veilles
de nuit, doux hamac et brise légère —
peut-être aussi cabine trempée et corps grelottant

Lorsque tu verras enfin la Croix du Sud,
tu reposeras ton filet et ses mailles ;
tu laisseras même les mouettes voler ta pêche.
Tu glisseras en eaux profondes
pour briser les harpons des baleinières
puis tu passeras entre balises rouges et vertes
et tu t’attableras face à moi, devant un verre
de rhum blanc des îles, empli
d’embruns et de rimes

S’il te plaît, écris face à la mer.

jeudi 22 juin 2017

Transfusion en ut (sur le thème « Rouge(s) »)

Photo : Wikimédia.

ROUGES les accords
des ORGUES hirondelles
à la SORGUE des vêpres /
majeurs et mineurs

d’écarlates fauteuils
aux dossiers velours ;
de vitraux carmin
résonnent les tierces

l’instrument déverse
la vie intubée de
globules rutilants
fugue des heures passées

des rideaux de brocart
cachent la perfu-
sion profuse / doigts
serrés sur les touches

mains recroquevillées
sur les jeux / pieds nus
sur le pédalier ;
basse continue de vie

s’écoulent les gestes
denses qui stoppent
net / ROUGES les
plaques ROGUES de la peau

marée d’éther qui
embrase les centres
de la vision — GOURSE
perdue au ressac

l e n t e m e n t perlent
les gouttes qui soign-
eront de verts ma
partition daltonienne

lundi 12 juin 2017

Mauvaise perdante

Je n’ai pas gagné au loto des sommes folles
ni obtenu trois vœux d’un génie dans une lampe

je vais au boulot comme beaucoup
je joue de temps en temps sans trop d’espoir

je lis des contes à mes enfants pour qu’ils
s’endorment, mais c’est eux qui y croient

qui croient qu’il y a des génies dans les lampes
des boules de loto qui me voudraient du bien

je vais au boulot comme beaucoup
je pars tôt et je rentre tard comme beaucoup

je suis partie en vacances plusieurs fois
ça fait de moi une privilégiée je sais

mais je n’ai pas gagné au loto des sommes folles
ni obtenu trois vœux d’un génie dans une lampe

je crois bien que c’est parce que j’aurais trop de vœux
à faire pour moi seule vous comprenez

je n’ai pas l’intention de freiner le changement climatique
ni d’arrêter les guerres ou les famines

les génies et les boules de loto le savent
et ne me choisissent jamais à cause de ça

ils sont un peu simplets quand même
de croire les autres qui leur promettent de telles âneries.

vendredi 24 février 2017

En Sercq

Sercq, la fenêtre dans le rocher (photo : privée)

Retour sur une agréable lecture le 16 mars 2016, avec Antoine Cassar, au café littéraire Le Bovary, qui avait pour thème « Petites causeries sur les îles ».


En Sercq

Je cheminerai bien loin de Compostelle
là en Sercq où les sentiers noirs
de l’absence de la folie de voir
ouvrent le ciel à des oraisons d’étoiles

Je cheminerai bien loin des trottoirs humides
sur ces sentiers à l’arôme incertain
dans la lande abrupte menant à la fenêtre de roche
d’où lancent l’assaut les téméraires

    sous le couvert
    ruminent les tracteurs ailés
    bêtes de somme — ascenseurs fidèles
    ressac à pic sous la Coupée
    tranchant des rochers comme
    élan vaniteux d’embruns

Je cheminerai dans le silence du jour
à l’orée d’ajoncs et de pierres
humant l’absence de fiel
un parmi les bruits alentour

Je cheminerai pieds nus sur le gravier
coupures de brins aiguisés
ampoules de tant de quiétude
cors grondant leurs notes de fatigue

    et sous l’orage
    attendant l’accalmie
    je ferai le compte des inventions
    qui lient l’homme à son destin
    de forçat avide de biens
    gagnés à la sueur d’autres fronts

Je cheminerai de l’aube
au crépuscule du dernier bateau
trempant les orteils avec délectation
dans l’écorce des coquillages

Je cheminerai encore
à l’heure de quitter la Terre
pour mettre le cap sans regrets
vers Bételgeuse et Aldébaran.

jeudi 3 novembre 2016

Sans titre

Les coquelicots, de Claude Monet

ces bouquets de lilas offerts,
chaque saison à travers les barrières
qui matérialisaient l’abandon de
la maison insolite aux volets
toujours clos — chauve-souris
& campagnols trouvaient refuge
dans la vacuité sereine de ce
bord de ville — conservatoire
de plants inconnus, auditorium
de coassements symphoniques la
nuit venue — on a craint les
tractopelles pragmatiques venues
sacrifier cet arboretum de voisinage qui
a croulé sous un tas de décombres,
morceaux de béton mêlés aux
rares résidus de ferraille que n’a pas
recyclés l’écologie urbaine — on a
souffert de l’absence des chauves-souris
des campagnols & des coassements
guettant l’advenue printanière & toujours
déçue des tiges & des bourgeons désor-
mais disparus, comme la promesse des
bouquets de lilas au printemps suivant
qui restait submergée de gravats stériles —
en juin la ville a ployé sous les
vents des orages & on n’a pas scruté
le lopin démembré par la fièvre immobilière,
on s’est terré à l’abri des gouttes dans
un salon où la cheminée a repris du
service — ils sont là maintenant,
défiant de leurs hampes bien droites
les ruines que la ville n’a pas encore
affectées à un usage minéral, rouges
comme la fureur de leur pousse accé-
lérée, rouges comme l’ampleur de leur
défi aux excès humains, tout un champ
gigantesque de coquelicots à la saveur
& à l’arôme de miracles opiacés

vendredi 22 juillet 2016

Masochisme estival

c’était bref
mais bon
on se reverra
peut-être
un jour
dans le fracas
des vagues
où tu m’enverras
des salves
de venin
oh oui
fais-moi mal

mardi 5 juillet 2016

30.6.2016, château de Colmar-Berg


Image : Wikipedia

le minibus pénètre l’antre du château la porte ouverte à l’inconnu cour emmurée de notes de jazz boissons rares encore et non alcoolisées insignes qui percent les costumes et jambes dévoilées sous la pluie taquine de juin amas de visiteurs accrochés à l’horaire bonheur j’embrasse Anise qui est là aussi un peu perdue puis un cheminement en troupe disciplinée vers les quatre mains à serrer sourires empesés pas un soupçon d’ennui comment font-ils sympathiques au possible jardin impeccable où les rayons dansent où l’odeur de pluie croule sous les parfums jus couleur de pommes bâtons à brandir réminiscences des cavernes chiche nourriture les conversations sont habituelles les notes de jazz ont repris pingouin parmi la banquise honorable de la cour j’attends en souriant vue sur l’étang est-il poissonneux naturel ou s’y promène-t-on en barque quelquefois les cocktails vacillent et les glaces sont délicieuses les réceptions grand-ducales ne sont finalement pas pour les poètes je crois.

mardi 27 octobre 2015

Flo[ts]

De la mer des poètes lus entre novembre 2014 et juin 2015 émergent les Flo[ts], premier prix du concours national littéraire du grand-duché de Luxembourg 2015. Bientôt dans les librairies.


Jean Cocteau Les Murray Pier Paolo Pasolini Jacques Prévert François Villon Lucien Suel Louise Labé Juan Gelman Robert Desnos William Shakespeare Inger Christensen Guillaume Apollinaire René Guy Cadou Maurice Scève Luís de Camões Jaufre Rudel Robert Burns Charles Baudelaire Kabîr Frédéric Mistral Luigia Sorrentino Luigi Pirandello Friedrich Hölderlin Aimé Césaire Rabîndranâth Tagore Pablo Neruda ammoniac Frédéric Jacques Temple Giacomo Leopardi François Esperet Paul Claudel Sandra Moussempès Clément Marot Oscar Wilde Bernard de Ventadour Blaise Cendrars Dante Alighieri méthane Marguerite de Navarre Miguel de Cervantes Bashō Jean de La Fontaine Claude Michel Cluny Alexander Pope John Keats Stanislas Rodanski Franc Nichele Daniel Varoujan Nicole Brossard Pétrarque Marcabru Alessandro Manzoni hydrogène Edmond Dune Johann Wolfgang von Goethe Stefano Benni Walt Whitman Clément Marot Jean-Michel Maulpoix Jean Portante Jorge Luis Borges Giuseppe Ungaretti Anise Koltz Jane Catulle-Mendès ÉCLAIRS ! Mahmoud Darwich Georges Perec Piedad Bonnett Jean-Pierre Verheggen Linda Pastan Heinrich Heine Hélène Sanguinetti Victor Hugo Fernando Pessoa Homère Henri Michaux Boris Pasternak Pierre de Ronsard Raymond Queneau Ariane Dreyfus Christopher Okemwa ÉCLAIRS !!  Charles Péguy Cercamon François Cheng William Cliff William Blake Raymond Farina Pétrus Borel Lambert Schlechter Alexandre Pouchkine Federico García Lorca Breyten Breytenbach Seream Bertran de Born Birago Diop Lionel Ray Yves di Manno Constance Chlore Hélène Cadou Gérard Achard Eduardo Galeano Tahar Ben Jelloun Steffen Popp Ming Di Vahan Tékéian Boris Vian Sophocle Rudyard Kipling José Martí ÉCLAIRS !!!

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