« Of course I enjoy rereading Shakespeare’s sonnets. But I do not believe that a traditional sonnet is a meaningful format to describe today’s world. » Voilà ce que m’avait dit Pierre Joris dans son tout premier entretien avec moi en 2015. Alors, parce qu’il aimait parfois aussi qu’on prenne le contrepied de ce qu’il disait, j’ai rédigé Sonné d’Amérique, tout un recueil de sonnets, après mon voyage en Amérique du Nord l’année dernière. Ce voyage m’a permis de me recueillir au cimetière de Green-Wood, là où il est enterré. Pour le premier anniversaire de son départ, voici le sonnet qui rend compte de cette visite, sans autre commentaire.


C’est enfin ton Brooklyn que je foule, ami Pierre.
Tu n’es déjà plus là, j’ai trop tardé… le même
accusé pour nous deux sur le banc : le cancer.
À la sortie du métro, Nicole nous mène

vers ta tombe, tout près de vieilles sépultures
gravées en néerlandais : tu dois être à l’aise
parmi d’autres langues & parmi la verdure.
Nous disposons des coquillages sur la glaise,

nous nous recueillons sans dieu avec les fauvettes.
Longtemps nous prolongeons ce quiet tête-à-tête,
discutant de presque tout sans regarder l’heure.

Bientôt l’emplacement où, Pierre, tu reposes
d’herbe sera couvert. Bonne éternelle pause,
poète nomade qui m’ouvrit à l’ailleurs.