Envie d’entendre tout de suite un extrait de Lisser les pointes ? Voici deux poèmes en audio :

 

 

« Trente ans de ZEP. Des collections d’âmes bancales. D’enfances couronnées d’épines. D’humanité déglinguée. Concentrée. » Ce recueil est le fruit de l’expérience d’Estelle Fenzy, de son profond engagement pour l’éducation — à une époque où, pour de multiples raisons, les vocations se font rares, rappelle la quatrième de couverture. Et il faut l’avoir, la vocation, pour toujours y croire, pour « garder l’espoir que les mots, enfin apprivoisés, leur donneront le vrai choix des armes », alors que, « à feu ou blanches, il arrive qu’on en trouve dans un sac », des armes. Ces poèmes en prose, même s’ils décrivent parfois une réalité difficile, respirent aussi l’optimisme. Sinon, pourquoi faire un pas de côté, pourquoi « choisir le poème à partager, quelques minutes hors temps, hors programme » ? En classe, en salle des profs, voire au centre commercial où elle croise ses élèves, Estelle Fenzy nous invite à l’intérieur de cette bulle que forme le collège, faisant fi des discours politiques alarmistes basés sur une connaissance fantasmée. Elle a l’avantage du terrain, elle. Son boulot ? « Repêcher. Que la sélection ne soit pas naturelle. » Mais ce n’est évidemment pas une sinécure : « L’atmosphère s’est propagée dans la classe, a décimé l’attention des enfants » ; alors, l’enseignante « lutte à chaque instant » pour retrouver celle-ci. Entre les poèmes, en italique, des portraits toujours précis, sensibles et clairvoyants de celles et ceux qui font vivre les établissements d’enseignement secondaire. C’est cela, au fond, la poésie d’Estelle Fenzy : une sincérité indéniable et une attention à l’autre constante. « Je souffre de ne pouvoir tous les sauver », avoue-t-elle. Sous-titré « Carnet de collège », le recueil permet de plonger dans le quotidien à la fois difficile et exaltant, dans les doutes et les espoirs d’une poétesse dont l’activité professionnelle alimente les mots. Pour, parfois, contrer l’incessant pessimisme que certaines nouvelles du monde scolaire propagent. « Un pari que tout est possible. »

Estelle Fenzy, Lisser les pointes, éditions La Part commune, ISBN 978-2-84418-512-9