Elle est « trop vive, trop brûlante, trop affamée pour [s]’arrêter », Catherine Andrieu. Et cette « urgence tatouée dans les os » lui fait publier déjà une dizaine de livres cette année. Une production qu’on ne peut chroniquer en permanence, ce qui oblige à faire des choix. Dans sa bibliographie abondante, ce petit recueil a pour lui, entre autres, la concision : dix-sept poèmes — précédés d’un avant-propos — qui résument bien la poétique et la pratique de l’autrice. Dès le début, on y retrouve cette « faille [qui] s’ouvre sous l’azur docile », cette impulsion venue d’un manque, d’un deuil, d’une tristesse qui, souvent, est le point de départ de son écriture. « L’amour se fait crime, / l’adoration devient meurtre, / un baiser arraché à la mort » : les marges évoquées par le titre révèlent des personnages sans cesse sur le bord du gouffre (« des bouches figées écoutent / sans entendre le gouffre des femmes »), où il convient cependant de ne pas tomber. « Nous sommes toutes des monstres », insiste la poétesse, et son poème dédié aux femmes dépasse, on le sent, l’accord féminin pour englober l’humanité. D’un asile psychiatrique, depuis l’Ukraine en guerre, « dans le patio aux citronniers agonisants », elle s’attache à donner voix à celles et ceux qu’on délaisse ou que tout simplement on ne voit pas. Elle qui souvent propose des vers volubiles, parfois un flux de paroles quasi inarrêtable, se fend d’images nettes dans leur brièveté : « L’Amérique saigne en contrejour ». Au fil des poèmes, la métaphore du train se taille une place de choix, même s’il part à l’occasion « trop tôt / vers des destinations qu’on ne nomme plus ». Le monde décrit n’est pas bien beau, tout de même : « L’or se fane dans les vitrines, / les miroirs avalent les visages, / et le vent n’emporte que ce qui ne pèse rien », car « nul ne paie ce qui ne se vole pas ». L’optimisme n’est certes pas présent, mais le désir de tendre le micro aux personnes oubliées par une société qui les écrase est bien là, « et sous nos cils, le feu danse encore ».

Catherine Andrieu, À la marge, éditions Unicité, ISBN 978-2-38638-226-0


Le poème VII en extrait audio :