dimanche 18 décembre 2016

Je suis le maître des illusions - instantanés hospitaliers

Photo : domaine public supposé (par Wikipédia)

Vous avez des enfants ? Et ils ont quel âge ? On sait que c’est pour rassurer avant l’anesthésie générale, mais on s’y laisse prendre avec tant de lucidité complice
*
Au réveil, neuf milligrammes de morphine, comme un vulgaire junkie
*
Des filles dénudées dansent lascivement sur l’écran du voisin alors que La Flûte enchantée résonne dans mes oreilles ; je ne regarde que leurs genoux, me demande si elles se casseront la rotule un jour ; si par hasard je m’attarde sur leurs seins ou leurs fesses, c’est pour comprendre si elles sont passées par le billard pour atteindre ces mensurations télévisuelles
*
L’érection matinale n’a jamais été aussi peu gênante que le jour où elle réapparaît enfin
*
Honte d’être heureux d’apprendre que mon voisin est tombé du huitième étage pour savoir qu’il y a encore moins bien loti que moi
*
Expliquer la douleur plutôt que la vivre est décidément une situation privilégiée. Les élections arrivent, il y a là une évidente métaphore
*
Toujours en tête la Huitième de Schubert et dans les mains le tempo et les nuances, et pourtant je ne la dirigerai plus

*
En voyant les émissions de jeu des télévisions commerciales, fier d’en avoir tenu éloignés les enfants et un peu honteux de pouvoir me faire traiter d’élitiste
*
J’écoute l’intégrale de l’émission radio de Jean-François Zygel depuis septembre. Lui aussi s’est fait traiter d’élitiste dans des courriers d’auditeurs de France Inter. Je suis en bonne compagnie alors
*
Babel est de mise aussi à l’hôpital : comateux, j’émets mes borborygmes en français ; les jours suivants, je passe si je veux au luxembourgeois, en futur concitoyen reconnaissant. Quel luxe pour la glotte ! La rotule, elle, s’en fout grand-ducalement
*
Heureusement que les vers ont des pieds et pas de genoux. Et que les homographes font toujours spirituel
*
Ce chirurgien est tellement sympathique, rassurant et souriant qu’il ne peut qu’y avoir vis sous cartilage
*
Plus d’internet pendant quelques jours, c’est un choix. Tant qu’à souffrir, autant ne pas gêner les connectés compulsif
*
Les visites sont réduites à l’essentiel, ceux qu’on pourrait aussi visiter tous les jours quoi qu’il arrive, ceux à qui on peut dédier son premier recueil de poésie moins une. Le téléphone limité aussi, famille proche. La vie d’expatrié est cruelle, mais ne me pèse pas
*
C’est officiel : en plus de rajeunir considérablement la moyenne d’âge du service, Andrei, mon voisin roumain, et moi sommes les chouchous. Maçons et poètes ont la cote
*
Autre combinaison improbable à noter : un film de science-fiction sur ProSieben avec Colin Farrell je crois et Léo Ferré symphonique avec l’Orchestre philharmonique de Radio France. Et tout ça sans payer une seule redevance
*
Se laver à la bassine et lire La Décroissance : joie d’allier la pratique aux convictions. Mieux vaut oublier la pharmacopée, par contre
*
Ce livre de Jacques Morin — un cadeau de réabonnement à Décharge — que m’apporte Céline avec le courrier sonne presque comme une attention personnelle
*
Des attentions personnelles se manifestent aussi par SMS. Je fais momentanément une exception dans ma détestation de ces messages envahissants en temps normal
*
Pas fier d’abandonner le journal avant le plus important numéro de l’année. Et pourtant j’en fais toujours trop. Y a-t-il un lien ?
*
Je sais aussi, toujours par Céline qui m’informe, qu’arrivent des courriels de soutien. Moi qui ai la réputation de répondre rapidement, réputation parfaitement méritée, je temporise enfin
*
Au service militaire, je me demandais toujours à quoi servaient tous ces kinés appelés à l’École du service de santé des armées, et après je n’en ai jamais consulté. Le mystère était donc encore entier. Je sais maintenant qu’ils sont là pour assouvir la soif malsaine de masochisme qui réside en chacun de nous
*
Un coup de fil de ma fille de 15 ans entre deux cours. Au prix de quelles souffrances se forge l’amour filial ?
*
Babel continue : les visiteurs de mon voisin sont aussi roumains, mais parlent parfaitement l’allemand. Au moins, mes neurones travaillent
*
Petit serrement de cœur le samedi à 10 h 45. Je l’attendais tellement, ce Schubert
*
C’est confirmé par la séance d’escalier : ma kiné est une sorcière. Il ne lui manque que le bouton poilu sur le nez. Quoique
*
Décidément, il n’y a que lui qui peut apaiser comme ça. Sonatina de la cantate BWV 106 arrangé à quatre mains par Kurtág, et encore mieux, dans l’interprétation de mon fils et de son professeur
*
Cela dit, ne pas se laisser influencer par les paroles qui disent bienheureux ceux qui rejoignent Dieu en mourant. J’ai encore pas mal de boulot ici-bas, et je ne suis pas aussi bêtement manipulable, fût-ce sur une musique de Bach
*
Il y a quelques années, à Deauville, nous étions allés voir les courses. Il avait fallu expliquer aux enfants ce que signifiait cet énorme écran tendu sur la piste devant un cheval tombé. Ce jour-là, heureusement, l’animal s’était relevé. Devant l’ampleur de la tâche à accomplir pour retrouver un genou mobile et les douleurs de ces derniers jours, je pressens maintenant que seule l’espèce humaine peut se projeter suffisamment dans l’avenir pour surmonter une telle épreuve
*
Si l’on arrive à manger des papillotes de Noël, c’est qu’on va mieux. La gourmandise conserve, il fallait qu’elles soient là sur la table de nuit, comme des promesses sucrées, littéralement
*
Comment vais-je pouvoir m’installer au piano ? Est-ce que l’école où j’anime un atelier de poésie en février m’accueillera en béquilles ? Que se passe-t-il exactement à Alep ?
*
Je ne retravaillerai pas ces notes pour en faire de véritables poèmes, ce serait du voyeurisme
*
L’article sur la poésie de Shehzar sera donc le dernier de moi publié en 2016. Je suis heureux de cette malheureuse circonstance
*
Je me moque souvent gentiment de Céline en lui affublant le sobriquet d’épouse parfaite. Dans les prochaines semaines — au mieux —, ce ne sera pas un sobriquet
*
J’ai soudain envie d’écrire la suite de la fantaisie musicothéâtrale sur Offenbach, mais pas de l’écouter. Dichotomie hospitalière passagère, je suppose
*
En transcrivant ce galimatias, allongé après une journée hors du lit, je pense pour la première fois à relever le genou gauche. Je suis le maître des illusions

vendredi 2 décembre 2016

Poécinéphilie 12 : Wadjda

Un film de Haifaa al-Mansour (2013), avec Waad Mohammed, Reem Abdullah et Abdullrahman al-Gohani.


1	On ne sait pas ce qui
2	se passe derrière les portes
3	de fer forgé ; on ne sait pas
4	les cheveux impeccablement coiffés,
5	les étreintes, les touches
6	de maquillage, les cigarettes
7	fumées en cachette, le vernis
8	bleu sur les ongles nus ;
9	elle sait mais ne sait pas,
10	obnubilée de bicyclette —
11	elle sait mais ne sait pas,
12	petite fille tout juste à l’abri,
13	on ne sait pas ce qui est vrai,
14	ce qui est de l’exotisme dans
15	un royaume des Mille et Une Nuits
16	qui se seraient figées dans une aube
17	inégale ; on sait l’histoire
18	banale, les plans soleilleux où
19	règnent les habits noirs, les plans
20	sombres où la blancheur éclatante
21	dispose des vies des femmes, un Coran
22	psalmodié délicatement ; mais on ne sait pas,
23	on imagine, on ne saura pas plus,
24	parfois les contes sentent le pétrole.

lundi 21 novembre 2016

Anthologie subjective : Paul Brach

Comme un voyage dans le temps, ce livre de 1917 trouvé au salon du livre de Walferdange : Le Salut aux morts est un recueil de Paul Brach qui, date oblige, traite entièrement dans sa concision (moins de 50 pages) de la Première Guerre mondiale.

Difficile de trouver facilement des informations sur l’auteur, actif dans les milieux littéraires français du début du XXe siècle, mort en 1939 selon le catalogue de la Bibliothèque nationale de France. A-t-il vu le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ? Pour l’instant, sans connaître la date exacte de son décès, pas moyen de le savoir. Toujours est-il que ce recueil, majoritairement composé en alexandrins classiques, est un émouvant témoignage ; le tenir en main, c’est se replonger dans la furie idiote de la guerre et le déferlement patriotique qui en découle. L’Allemagne en prend bien entendu pour son grade et la France éternelle est un parangon de vertu...

Le style est certes daté, mais la thématique le transcende, surtout devant ce papier jauni dont il m’a fallu encore couper quelques feuillets. Et puis, mystère, à qui a bien pu être dédicacé cet exemplaire ? Je ne le saurai jamais.

 


Le salut aux morts

... Et quasi cursores
Vitae lampada tradunt.
(Lucrèce).


J’ai pris le long sentier qui conduit à vos tombes,
Je n’ai pas rencontré au hasard du chemin
Les visages éteints où le regard succombe
Ni les gerbes de fleurs qui tremblent dans des mains.

Sur la route, où l’automne étalait son orgie,
Nul voile ne prêtait sa pâle obscurité
Et le soir, dépouillé de toutes élégies,
Portait très simplement son immortalité.


J’ai pris le long sentier qui conduit à vos tombes,
Et je vous ai trouvés, paisibles et troublants,
Et je vous ai trouvés, comme un vol de colombes,
Enfin réfugié sur son colombier blanc.

Le temple est éternel où la Pensée unique
A dressé les sommets des plus vivants que nous,
C’est la sublime et transcendante Basilique...
Et je pleure d’amour et je tombe à genoux !

J’écoute l’harmonie où les notes se mêlent,
Symphonie apaisée aux sonores couleurs,
Et, comme dans le bois divin de Philomèle,
Des voix chantent aussi leurs humaines douleurs.

Rêveur, rêveur obscur, quand ton âme obsédée
Cherche à se délivrer du lancinant remords
De voir encor la vie et de l’avoir gardée,
Écoute, en te courbant, la musique des morts.

— Ô morts, vous qui n’étiez que des ébauches d’hommes,
Et qui, n’ayant pas pu achever vos travaux,
Vous êtes étendus sur la terre où nous sommes
Pour la France éternelle et pour des sorts nouveaux,

Aucun néant n’a la puissance de vous prendre !
Vous avez disparu dans le jeune matin
Mais vous continuez quand même vos destins :
La Mort n’a que son nom attaché à vos cendres.

Fluides, vous glissez entre ses doigts déments
Et la danse tragique où je la vois poursuivre
Son œuvre de détresse et de déchirement
N’est que son désarroi de vous sentir survivre.

Rêveur, rêveur obscur, respire le parfum
Qui monte à l’heure molle et que le songe encombre
En roulant dans le soir la guirlande des ombres
Tandis que l’air calmé berce des séraphins.

Respire le parfum, écoute la musique...
Saisis cette nuance où tout un cœur s’émeut,
Conçois qu’une pensée ait des accents physiques
Et qu’une âme se penche au bord d’un étang bleu.

Change chaque moisson en un flot d’espérance,
Reconnais un élan dans le souple buisson,
Le souvenir, sur le rosier qui se balance,
Regarde un enfant tendre et chante sa chanson !

Alors, te pénétrant peu à peu du mystère,
Tu sauras découvrir la grave mission
Que, de leur grand Abri, tous ces morts te dictèrent
Par le don de leur chair et de leur passion.

Tu peux, du seul reflet de ta mémoire active,
Animer le combat qu’ils n’ont pas terminé
Et, pour être à leur âme une âme positive,
Il suffit d’un amour et d’un rêve obstiné.

— Morts brisés, morts sanglants, ô morts de notre vie,
Goûtez un si parfait, un si tiède repos,
Nous tendons devant vous notre force asservie
Puisque c’est votre sang qui court sous notre peau !

 

 

 

jeudi 17 novembre 2016

Cinabre

Photo : poudre de cinabre (Zinnober en allemand), par H. Zell, CC BY-SA 3.0 (sur Wikimedia)

Cinabre : subst. masc. MINÉR. Sulfure de mercure de couleur rouge, utilisé notamment pour la fabrication du vermillon. P. méton. Couleur rouge vermillon. (Trésor de la langue française informatisé)


Coupable de jeux
I
nterdits :
N
ourrir les poèmes ;
A
nalyser les discours ;
B
attre en brèche ;
R
épandre à la volée ;
E
nsemencer en somme…

jeudi 3 novembre 2016

Sans titre

Les coquelicots, de Claude Monet

ces bouquets de lilas offerts,
chaque saison à travers les barrières
qui matérialisaient l’abandon de
la maison insolite aux volets
toujours clos — chauve-souris
& campagnols trouvaient refuge
dans la vacuité sereine de ce
bord de ville — conservatoire
de plants inconnus, auditorium
de coassements symphoniques la
nuit venue — on a craint les
tractopelles pragmatiques venues
sacrifier cet arboretum de voisinage qui
a croulé sous un tas de décombres,
morceaux de béton mêlés aux
rares résidus de ferraille que n’a pas
recyclés l’écologie urbaine — on a
souffert de l’absence des chauves-souris
des campagnols & des coassements
guettant l’advenue printanière & toujours
déçue des tiges & des bourgeons désor-
mais disparus, comme la promesse des
bouquets de lilas au printemps suivant
qui restait submergée de gravats stériles —
en juin la ville a ployé sous les
vents des orages & on n’a pas scruté
le lopin démembré par la fièvre immobilière,
on s’est terré à l’abri des gouttes dans
un salon où la cheminée a repris du
service — ils sont là maintenant,
défiant de leurs hampes bien droites
les ruines que la ville n’a pas encore
affectées à un usage minéral, rouges
comme la fureur de leur pousse accé-
lérée, rouges comme l’ampleur de leur
défi aux excès humains, tout un champ
gigantesque de coquelicots à la saveur
& à l’arôme de miracles opiacés

mercredi 26 octobre 2016

Spoon River Anthology

 

La poésie rapporte peu et peut coûter beaucoup, si on se laisse tenter trop souvent par les sirènes des lettres d’information des petits éditeurs qu’il faut bien soutenir. D’autant que celles et ceux qui publient peuvent être des connaissances, voire des amis. Lorsque j’ai reçu la notification de la parution d’une nouvelle traduction de la Spoon River Anthology d’Edgar Lee Masters aux éditions du Nouvel Attila, j’ai évidemment été intéressé par ce recueil que je ne connaissais pas encore.

 

Seulement, il faut faire des choix pour ne pas éclater le budget d’achat de livres — et puis une œuvre devrait être lue, si les compétences du lecteur potentiel le permettent, dans la langue d’origine. Même si cette nouvelle traduction, apparemment plus fidèle à l’original, semble une aventure éditoriale intéressante, puisque certains textes ont été écrits et ajoutés par les traducteurs, ainsi que des cartes. Peut-être faudra-t-il tout de même s’y plonger à l’avenir.

Toujours est-il que j’ai décidé, pour ce livre écrit il y a un peu plus de cent ans, d’aller chercher une version électronique gratuite. Un petit tour sur le site du projet Gutenberg et j’étais prêt à commencer la lecture. Captivé dès le départ, je me suis d’ailleurs demandé comment j’avais pu ne pas entendre parler de cette œuvre atypique et addictive. Comme quoi, en poésie, on n’en sait jamais assez.

Publié en 1915, Spoon River Anthology est un assemblage de courts poèmes dont chacun est en fait l’épitaphe d’une personne enterrée dans le cimetière de cette ville fictive. La rivière prend cependant le nom de celle qui coulait dans la ville natale de l’auteur, Edgar Lee Masters, au Kansas, ce qui apparemment a valu à celui-ci pas mal d’inimitiés. Au fil des textes, Masters reconstitue donc la vie sociale dans une petite bourgade rurale des États-Unis du début du XXe siècle. Une vie faite de petites joies et peines, d’ostracisme lorsqu’on ne respecte pas les conventions, de mesquineries et jalousies, d’histoires d’amour sincères, dissimulées ou contrariées, de mystères… bref, un microcosme qui fleure bon la société en général. Avec en prime la résolution des énigmes à la Edgar Allan Poe de certaines morts suspectes, que le lecteur découvre en déambulant parmi les tombes de ce vieux cimetière. Car la mort d’un être en dit souvent plus long sur sa vie qu’une biographie édulcorée. Et puis il y a aussi dans ce recueil un ton gothique, une morbidité pourtant gaie, qui attirent les yeux et les retiennent pour creuser encore plus profond dans l’âme des défunts présentés.

Techniquement, c’est admirablement bien écrit, avec un style qui serait parfait pour être gravé sur des sépultures. La forme du recueil de poèmes prouve ici qu’elle peut être tout aussi puissante qu’une chronique romancée. On s’attache aux personnages, d’autant que la construction des 244 épitaphes est ainsi faite que les destins liés sont présentés souvent l’un après l’autre, apportant une nouvelle version des événements racontés par un premier défunt. Le livre a déjà été adapté de nombreuses fois dans des fictions radiophoniques, productions théâtrales ou chansons. Pas étonnant, car c’est un chef-d’œuvre de la poésie américaine, rien de moins.

À découvrir donc de préférence en anglais, mais la nouvelle traduction française semble, on l’a vu, très intéressante aussi.


Deux extraits :

Thomas Ross, Jr.
THIS I saw with my own eyes: A cliff–swallow

Made her nest in a hole of the high clay-bank

There near Miller’s Ford.

But no sooner were the young hatched

Than a snake crawled up to the nest
To devour the brood.
Then the mother swallow with swift flutterings
And shrill cries
Fought at the snake,
Blinding him with the beat of her wings,
Until he, wriggling and rearing his head,
Fell backward down the bank
Into Spoon River and was drowned.
Scarcely an hour passed
Until a shrike
Impaled the mother swallow on a thorn.
As for myself I overcame my lower nature
Only to be destroyed by my brother’s ambition.

Elsa Wertman
I WAS a peasant girl from Germany,

Blue-eyed, rosy, happy and strong.

And the first place I worked was at Thomas Greene’s.
On a summer’s day when she was away
He stole into the kitchen and took me
Right in his arms and kissed me on my throat,
I turning my head. Then neither of us
Seemed to know what happened.
And I cried for what would become of me.
And cried and cried as my secret began to show.
One day Mrs. Greene said she understood,
And would make no trouble for me,
And, being childless, would adopt it.
(He had given her a farm to be still.)
So she hid in the house and sent out rumors,
As if it were going to happen to her.
And all went well and the child was born–
They were so kind to me.
Later I married Gus Wertman, and years passed.
But–at political rallies when sitters-by thought I was crying
At the eloquence of Hamilton Greene–
That was not it. No! I wanted to say:
That’s my son!
That’s my son.

lundi 10 octobre 2016

Janotisme

Image : Nadia au sourire enjoué, Henri Matisse

Janotisme, subst. masc., littér., rare : A. Esprit borné, simplicité excessive, bêtise. B. Défaut de style qui consiste à rompre la logique syntaxique en rapprochant abusivement certains membres de phrase et en provoquant des équivoques burlesques. (Trésor de la langue française informatisé)


Je suis au plus mal
Amorphe
Néant des synapses
Or il faut paraître
Toujours
Infatigablement
Si bien que je compose
Masque
Enjoué

lundi 3 octobre 2016

Revue de revue : Revu

Oui, ça fait beaucoup de revues dans un seul titre...

J’ai déjà évoqué sur ce blog la revue Traction-brabant, éditée à Metz par Patrice Maltaverne, en soulignant un des intérêts des revues de poésie qui est la possibilité d’être proche, géographiquement parlant, de leurs lecteurs. Place donc maintenant à Revu, dont le numéro 2 vient de sortir : une revue façonnée à Nancy par un joyeux collectif que j’ai rencontré en juin dernier à Esch-sur-Alzette.

Le sous-titre sur la couverture donne le ton d’emblée : « La revue de poésie snob et élitiste ». C’est dire si le comité de rédaction et de lecture, composé de Nahida Bessadi, Marie Bouchez, Chloé Charpentier, Théophile Coinchelin, Florian Crouvezier, Franck Doyen, Gautier Hanna, Théo Maurice, Mathieu Olmedo, Alysson Videux et Didier Zanon se prend au sérieux… Pourtant, on va le voir, Revu est un objet sérieux, même s’il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas. D’abord, la réalisation brochée, avec couverture en couleurs et contenu en noir et blanc, est soignée : nous sommes là dans un choix conscient d’organisation de la publication à l’opposé du joyeux amateurisme de Traction-brabant. Entendons-nous bien : en poésie, les deux se valent ; un fanzine concocté par un amateur éclairé (que ce soit Traction-brabant ou Comme en poésie) a autant de mérite qu’une revue plus typographiée et structurée grâce à la force d’un collectif. Revu joue dans la cour des Décharge et autres, ce qui dénote une certaine ambition, plutôt saine après tout.

Autre gage de sérieux : l’équipe de Revu s’est engagée dans une démarche transmédia, en offrant sur Soundcloud certains poèmes lus par leurs auteurs. Les émotions provoquées par la poésie sont plus intenses lorsqu’elle est lue (pour autant qu’elle soit écrite pour être lue, évidemment), et cette proposition est particulièrement bienvenue.

Mais tout ça ne serait que coquille vide sans un contenu imprimé à la hauteur. Et à la hauteur, il l’est assurément. Cinq parties structurent (toujours le sérieux, qui n’empêche pas la dérision !) ce numéro 2. D’abord, les « Poèmes en archipel ». L’idée est de mélanger des voix et des styles, qui peuvent se rencontrer au hasard des marées comme autant d’îles isolées mais distantes de seulement quelques milles nautiques. On y trouve des vers libres comme des vers métrés (si l’on n’est pas trop regardant sur les e muets), un calligramme, du court, du long, des rimes, bref, une joyeuse mixture. Si beaucoup des initiateurs de la revue s’y collent, on y trouve également des invités, tel Tom Nisse qui mélange lui aussi les genres au point d’« admettre un degré de prose dans [son] / poème ».

Vient ensuite la « Relâche », où « la poésie côtoie le rap ». Invité de marque, Julien Blaine explique en un court poème ce qu’est, justement, la pratique de la poésie. Et la rédaction nous offre une petite perle licencieuse de Ménard de Saint-Just, histoire de titiller ses lecteurs. Puis le dossier de ce numéro arrive : il s’agit de « Trottoir : la ville à nos pieds ». Poètes et artistes brodent sur ce thème, tel Gilles Videux qui brosse un portrait de femme émouvant, « Ses talons léchés par le pavé / Laissent une douce trace imaginaire / Puis sa chevelure brune délavée / Flotte sereine sous un vent lacunaire ».

Enfin, le chapitre « Situations » vient clore la revue, avec un bel éloge de la lenteur de Chloé Charpentier que ne renierait pas un décroissant ainsi qu’une élégie de Louison Delomez (« Non les hommes / Cela pousse en se consumant dans l’espace / Comme une branche que lèche la flamme, / Un arbre tombé / Que le temps étreint jusqu’à la cendre. »). Ici revient l’image de sérieux qui persiste pour cette revue qui a pourtant instillé dans les pages précédentes un petit grain de folie qui sied particulièrement à la poésie. Deuxième numéro déjà, et on lui en souhaite beaucoup d’autres !

Site web pour abonnement et plus de détails : http://revularevue.wixsite.com/revu.

lundi 26 septembre 2016

Torréfaction

En quatrième de couverture, François Salmon prévient : « La langue d’Hugo Fontaine est un parterre sauvage, dont il arrache soigneusement les fleufleurs à fleuristes. » Eh oui, s’il y a des roses chez Hugo Fontaine, ce sont les épines qui l’intéressent, et si les figues de Barbarie sont délicieuses, il faut, avant de les déguster, se coltiner leurs piquants. L’écriture n’en finit pas de distiller ses pointes.

La langue donc, c’est la langue qui chez Hugo Fontaine constitue une marque de fabrique : elle mêle les différents niveaux, fait des entorses volontaires à la grammaire et exsude le parfum d’un poète qui ne se résigne pas aux expressions usuelles pour traduire un monde où ses yeux décèlent la beauté que certains se sont résignés à ignorer. Et puis comment ne pas baisser la garde lorsque Hugo avoue ses petits arrangements (« elle n’a jamais été ma tantine / c’était pour avoir une rime facile ») ? Parce que oui, s’il ne s’embarrasse pas de métrique conventionnelle — après tout, elle ne ferait probablement pas bon ménage avec son invention syntaxique —, le poète ose la rime ; pas tout le temps, pas systématiquement, mais au compte-gouttes, avec une précision chirurgicale qui confine à la mise en musique sans portées. D’ailleurs, le livre est aussi disponible en CD, où l’on peut entendre, sur un accompagnement musical, la scansion de l’auteur.

Torréfaction déroule sur 150 pages un petit univers où il fait bon plonger, tant dans les poèmes courts (« déplier une femme / après avoir marqué le pli / comme un origami / plier les coins, c’est fini / point de reliure, / c’était une fille vachement bien / foutue ») que dans les plus longues diatribes où Hugo Fontaine développe, en plus des thèmes qui lui sont chers (les femmes, la mécanique, les tournées offertes dans un bar…), une certaine critique de la société. Mais sans jamais un brin de condescendance ou de mépris : tout dans sa poésie respire l’empathie. Qui fait même écrire au Dr Fontaine, toujours soucieux du bien-être de ses lecteurs : « un seul avertissement buccal existe / c’est l’aphte ». Normal, quand on a mâchouillé ses branches de poésie à l’écorce rugueuse mais à la puissante saveur de réglisse. Un vrai délice.

Torréfaction, Les déjeuners sur l’herbe éditions, 152 p., ISBN 9782930433479.


J’dansais sur mon orthographe
j’empruntais la calligraphie des filles
bics aux yeux, je récidive
les demoiselles disaient éloigne-toi du récif
trépidante envie de me rapprocher du ravin
gyrophares au cou alexandrin au bas des reins
j’écrivisse j’écrevisse je tournevis je tourne
autour
du souterrain

vendredi 23 septembre 2016

Poécinéphilie 11 : Fuocoammare

Un documentaire de Gianfranco Rosi (2016). La critique « traditionnelle » est ici.


1	J’ai pris la main du pêcheur
2	pour guider son hameçon
3	vers les fonds marins où grouillent
4	les piquants des oursins ; si le vent
5	s’arrêtait seulement, je pourrais
6	écouter le bruit des vagues —
7	le souffle au cœur des cactées
8	où explosent les pétards
9	des enfants désœuvrés. Au large,
10	je vois un ballet. Les éclats de sauce
11	tomate éclaboussent mon visage lorsque
12	je cuis les poissons que m’a offerts
13	l’océan, je répare les mailles des filets
14	je ne sais pas réparer l’histoire
15	ni les hommes je ne vois
16	pas bien les peaux se mêlent
17	aux écailles aux nageoires les
18	radars oscillent au gré des tempêtes
19	je rame à contresens le sel
20	dégage mes narines embrase mes
21	branchies je me frotte les yeux
22	des chants africains me berçaient
23	je caresse au couchant les oiseaux —
24	oiseaux nous serions tous. Ici.

dimanche 11 septembre 2016

Frères numains

Si j’ai acheté Frères numains, c’est d’abord grâce à un billet paru dans Politis partagé sur Facebook, mais aussi parce que sur ce même réseau social — tentaculaire mais quelquefois utile à la diffusion de la poésie — était relayé par beaucoup de mes contacts un appel à acquérir des livres des éditions Al Dante, dans une certaine détresse financière. Apparemment, ça va mieux pour Al Dante et l’appel a porté ses fruits. Que penser donc de Frères numains ?

Le sous-titre, « Discours aux classes intermédiaires », apporte déjà un élément de réponse : le texte n’est pas une expérience de poésie immersive ou contemplative, il en appelle à la conscience du lecteur et, tel un discours politique, lui remémore le piteux état de notre société. Une société gangrenée par les exclusions de tous types qui deviennent des remparts derrière lesquels se retranche une partie de notre espèce, de nos frères numains, pour se protéger de l’autre partie, frères numains aussi. Florence Pazzottu joue avec les conventions du discours politique en ne nommant pas les responsables de cette situation : « ça n’a pas vraiment de visage, ça met un masque le temps d’une sortie sur écran, d’une élection, d’une émission, d’une parution, d’une navette entre les chambres, le temps de servir la soupe, la leçon, de maintenir la pression, la crainte du dehors ». Et ça fonctionne, bien sûr.

Pourtant, le lecteur familiarisé avec ce discours — qu’on qualifiera faute de mieux de celui d’une gauche de la gauche humaniste — pourra peiner à trouver un contenu novateur dans cet implacable réquisitoire. D’ailleurs, Bernard Noël, qui a écrit la postface après avoir relu le texte « onze fois en trois jours », résume bien ce sentiment : contrairement à son habitude, il a eu semble-t-il (du moins au début) du mal à lire Frères numains comme une expérience totale où le travail des mots se mêle à la signification profonde. La beauté de la langue l’a emporté, mais sans cesse il éprouvait le besoin de revenir au sens. Modestement, c’est aussi ce que j’ai ressenti : une sorte de dualité quelque peu dérangeante. En revenant au sens, force est de constater que, à fréquenter la presse alternative ou les poètes qui militent pour l’abolition des frontières, on ne trouve pas dans Frères numains un surcroît d’analyse que ceux-ci n’auraient pas déjà mise au jour.

Est-ce à dire que c’est un livre que je ne recommanderais pas ? Eh bien justement non, deux fois non ! Car Frères numains est une expérience poétique nouvelle et intelligente : sous couvert d’un contenu qui prêche, il faut bien l’avouer, des convaincus — on voit franchement mal des survivalistes ou des ultralibéraux se procurer un tel texte auprès d’une telle maison d’édition —, il renouvelle le discours de cesdits convaincus par sa puissance. D’un trait, d’un souffle, épuisant les virgules, il développe une rhétorique politique à mille lieues des formules toutes faites, propulse le désir de résistance à une hauteur stratosphérique que les Nuits debout n’ont pu ou su maintenir.

Oui, pour analyser le monde et décrire ce que la solidarité et l’empathie pourraient y apporter, on a besoin du style journalistique sérieux de La Décroissance, du Monde diplomatique ou de Silence. Mais on a aussi besoin de poésie. C’est exactement ce que Frères numains propose. Alors, pour conclure avec un mot qui termine tant le texte que la postface, s’offrent à nous des possibilités inouïes.

Frères numains, éditions Al Dante, 42 p., 9 €


ça vomit les freins de l’orthographe et de la protection des faibles, de l’exception du traitement des enfants, des droits durement acquis des ouvriers, du droit des étrangers à demander l’asile, ça dit bientôt dépassée la convention de Genève, inapplicable la Déclaration des droits de l’homme, ça suggère que la raison doit se libérer des Lumières, car c’est ça le progrès ça dit, ça nomme résistance et combat pour la liberté le rétrécissement du numain dans sa grotte, le clivage et la mise en abîme du numain indéfiniment réfléchis par les écrans dictant dans la caverne…

vendredi 26 août 2016

Philharmonie Berlin, 26.8.2016

Sir Simon Rattle dirige le Philharmonique de Berlin dans la Symphonie no 7 de Gustav Mahler.


Je suis un cheveu
    blanc    ondulé
         crollé
dans une multitude —
congénères aussi nombreux
que les notes sur le
conducteur de
la Septième de Mahler, je
suis caressé par les gouttes
de sueur ; je louvoie
dans un scherzo qui fait
valser la nuit. Droit je
dirige     me hérisse
(expérience électrique ébou-
riffante)     me pincer
donnerait un son de mandoline
mais je suis       mouvant
       je serpente en battant
la mesure (si peu)     en donnant
un tempo de modulation
de dis-
           -son-
    ances aux allures de
modernité implacable. L’on me
tisserait pour former l’âme
percussive tendue des accords de
do majeur qui concluent
ma prestation       l’on me
martèlerait pour forger le
cuivre des solos &
                             l’on me
shampouinerait après, longuement
pour recueillir à nouveau
les quartes et recommencer
le cercle concentrique
d’une symphonie formidable.
Je suis un cheveu
    blanc    ondulé
         crollé              je
crève l’écran et
les membranes fragiles
— des tympans
— des haut-parleurs du
bastion philharmonique.

jeudi 25 août 2016

Revue de revue : Traction-brabant

L’une des caractéristiques les plus fascinantes de la poésie actuelle est le nombre incalculable de revues qui lui sont consacrées. Et tant mieux, car s’il ne fallait compter que sur les « grands » éditeurs, Poésie/Gallimard en tête (excellente collection par ailleurs, mais bien limitée par rapport au bouillonnement des poètes du dimanche et des autres jours, pas « établis » en écriture, qui ont pourtant des choses à dire, et plutôt bien), les férus de poésie auraient du mal à satisfaire leur curiosité tant les lignes éditoriales sont quelquefois frileuses. Une soif que, par contre, les revues sont parfaitement capables d’apaiser, tout comme les « petites » maisons d’édition. Pour le lecteur passionné comme pour l’aspirant poète, le passage en revue est donc quasiment obligé ; une sélection bien maigre de liens figure d’ailleurs dans la colonne de droite de ce blog.

Fanzine plutôt que revue, mais au contenu aussi riche et éclectique que beaucoup de ses consœurs, Traction-brabant est édité à Metz par Patrice Maltaverne. Car oui, l’autre intérêt des revues, c’est leur possible proximité : s’il n’en existe actuellement qu’une active au Luxembourg à ma connaissance (Transkrit, excellente mais très spécialisée dans la traduction), on peut facilement créer des liens dans un périmètre relativement réduit en franchissant la frontière. Infatigable scrutateur et zélateur de la poésie des autres via son site personnel, Maltaverne est, évidemment, poète lui-même. Lorsqu’on le contacte pour s’abonner à Traction-brabant, il prend le temps d’expliquer la revue, sa philosophie, et d’établir un contact personnalisé avec son futur lecteur. C’est ça aussi la poésie : un milieu où la passion rapproche.

On apprend donc que le nom de la revue vient de « la contraction de traction avant, l’auto et de brabant double, la charrue à double soc ». Belle métaphore du progrès envahissant et de la nostalgie qu’il induit parfois, un sentiment que beaucoup de poètes partagent, même s’ils ne dédaignent pas les réseaux sociaux pour autant. Devant le prix ridicule de la chose (cinq exemplaires pour douze euros), on comprend vite aussi que l’entreprise n’a rien d’une pompe à fric. Franchement, pour ce prix, comment être déçu ?

Mais la qualité est au rendez-vous, nous ne sommes pas là dans du low cost. Prenons par exemple le dernier numéro en date, le 69. La couverture annonce la couleur en promettant « enfin : un été zéro tiques ». D’emblée, on sait que le fanzine ne se prend pas au sérieux. Avec plus de trois cents poètes publiés à ce jour, il y a cependant de l’humour, de l’ironie, du sérieux, du fantastique ou de l’amour, quelque chose pour tous les goûts enfin ; pas mal de plumes connues désormais dans le milieu y ont aussi fait un passage.

Maltaverne se réserve une sorte d’éditorial plus théorique en général : cette fois, il s’interroge sur le dévouement des poètes à la cause poétique. Un peu déçu, il va jusqu’à traiter ses lecteurs ou ses contributeurs de « faux culs », puisque pour eux (parmi lesquels il s’inclut, bien entendu), la poésie est « juste un faire-valoir, un costume de plus [qu’ils enfilent] le week-end et les soirs après l’uniforme du boulot ». Et pourtant, il les aime, ces « drôles de poètes », qui ont choisi d’écrire mais pas seulement, de rêver mais pas tout le temps, et il conclut là-dessus.

Le cœur de Traction-brabant, ce sont évidemment les poèmes. On en a déjà évoqué l’éclectisme. Quelques exemples pêle-mêle : les haïkus ratés de Pierre Bastide (« Les hurlements des voitures qui se la pètent au feu vert / n’écrasent ni les cris ni les rires des enfants qui jouent / dans le parc où les passants pressés sombrent dans le passé »), un beau poème intitulé « L’hippo » de Jacques Cauda (« nous arrivons trempés / quand le zoo est fermé / mais on l’aperçoit / (l’hippo) caché par le / jour qui gît déjà au fond / de nous »), des poèmes hospitaliers d’Henri Clerc (« Dans la salle du dîner / la reine d’Angleterre / se munit d’une fourchette / et l’envoie valser / au visage du pondérant / duc de Toulouse »), l’évocation d’une limace par Sébastien Kwiek (« La limace grise grimace / S’égrise et s’entasse / en masse »)… Une micronouvelle post-catastrophe nucléaire de Patrick Boutin aussi, ainsi qu’un poème inspiré par l’actualité politique, et notamment les élections régionales (« ça pue la France / des mauvaises années ») de Murièle Camac. On me pardonnera de ne pas tout citer, puisque les 56 pages sont bien remplies. Lorsque les poèmes laissent un peu d’espace, on trouve des dessins, quelquefois réalisés par les auteurs eux-mêmes, mais toujours de circonstance. Le tout imprimé de façon très lisible, mais avec ce petit air de dazibao fait main qui donne un charme certain.

Bref, on l’aura compris : Traction-brabant est un fanzine poétique bourré de découvertes à chaque numéro, qui procure un plaisir diversifié et intense, dans lequel on aura à chaque numéro plusieurs coups de cœur. Peut-être aussi quelques déceptions, mais c’est la règle du jeu : il en faut pour tous les goûts. Chapeau bas à Patrice Maltaverne pour le dynamisme qui lui fait offrir cette excellente publication.


Site web pour abonnement et plus de détails : http://traction-brabant.blogspot.fr

jeudi 4 août 2016

Un conte d’Hologrimm

... où l’on découvre qu’il vaut mieux ne pas trahir sa parole.


Galoubet enchanteur, la patrie, l’Allemande,
galle ou bai en chanteur l’appâte, rit, là le mande.
Empêtrée de rongeurs la ville étend des veines
en pets, traits de ronge, heurts : la vie, l’étang ? Déveine…
Tes prix sont les leurs,
tes prisons les leurres !

Oh ! d’un fat Allemand, rat — vive la tour d’Hamelin ! —,
Odin fatalement ravive l’atour d’âme. L’un
des dix passants amers, tumescents, malveillants,
dédit, pas sans amertume et sans mal, veillant
à ses ducats d’or :
« Assez du cador  ! »

« Or  je défaille à ça : quel manque ! bonté ! dame !
Hors-jeu, des failles… Ah çà ! qu’elle manque bonté d’âme. »
Le bohème arasé, qu’on pressent valeureux,
le beau aime à raser : « Cons ! Prêts sans valeur, eux ! »
Prends-leur les gosses,
prend leur legs, ose !

Rassemble les enfants, phare à mateurs bovins !
Rassemble-les en fanfare amateur : beaux, vains.
Fous-les dans tes pas et adieu : va loin de la
foule édentée passée. « À Dieu vat ! », loue un de là.
Sale heur à prendre… Ah !
Ça leur apprendra.

vendredi 22 juillet 2016

Masochisme estival

c’était bref
mais bon
on se reverra
peut-être
un jour
dans le fracas
des vagues
où tu m’enverras
des salves
de venin
oh oui
fais-moi mal

- page 7 de 10 -