En guise de titre pour ce recueil, une anagramme sur le nom du poète

C’est une découverte passionnante que ce poète méconnu de nos jours, mais qui pendant sa courte vie (1927-1965) a connu une certaine gloire littéraire, que Jean Cocteau et Jean Genet ont contribué à forger. Si Larronde n’a pas encore la place qu’il mérite dans le panthéon des amateurs de poésie française d’aujourd’hui, les articles bien documentés ne manquent pas sur la toile pourtant, par exemple ici ou . Un autre extrait chez Dom ici. Sa langue est extrêmement originale, mêlant un certain classicisme, qu’il s’empresse de déconstruire, à une invention syntaxique et grammaticale souvent déconcertante à la première lecture. Puis, lentement, ses mots pénètrent l’esprit et, tels des couteaux acérés, taillent et sculptent la pensée pour y laisser une marque indélébile.

Ses Œuvres poétiques complètes ont été publiées au Promeneur, qui dépend des éditions Gallimard. Pour mieux le faire connaître, la vénérable maison ferait bien de le publier dans sa collection phare Poésie/Gallimard... En complément des liens ci-dessus, voici quelques autres poèmes courts.


À nous deux

Loin d’être un sensible sans cible
Si son vers libre est sans accu,
Peu éthique et le dos au crible
Mes huit pieds iront droit aux culs
Sans nombre et pied — nés pour se taire
En s’étirant : vers solitaires.

*

À la femme !

Ma chérie, tendre comme tes viandes,
Oui ! j’ai confié l’Amour aux canines,
À la fin signe (à ton tour giclant)
Avec ton sang le diamant viril.

*

De justesse

Droitement se tournent le dos toutes tes faces
Sans cou rigide DÉ — non sans point noir.
                                                                   Noircir !
Comme on rougit de honte... t’envahir le noir
Point ! dur droit... fonde la honte de tes six face-
À-face avec le triple saut périlleux :
                                                         oui ! sans compter
Sur le hasard se hasarde l’acrobate à
Se jouer au propre DÉ de son corps souriant
À toutes les faces de toi DÉ du Verti-
Ge sans point de repère
                                       — eh la Mort !!