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vendredi 26 août 2016

Philharmonie Berlin, 26.8.2016

Sir Simon Rattle dirige le Philharmonique de Berlin dans la Symphonie no 7 de Gustav Mahler.


Je suis un cheveu
blanc ondulé
crollé
dans une multitude —
congénères aussi nombreux
que les notes sur le
conducteur de
la Septième de Mahler, je
suis caressé par les gouttes
de sueur ; je louvoie
dans un scherzo qui fait
valser la nuit. Droit je
dirige me hérisse
(expérience électrique ébou-
riffante) me pincer
donnerait un son de mandoline
mais je suis mouvant
je serpente en battant
la mesure (si peu) en donnant
un tempo de modulation
de dis-
-son-
ances aux allures de
modernité implacable. L’on me
tisserait pour former l’âme
percussive tendue des accords de
do majeur qui concluent
ma prestation l’on me
martèlerait pour forger le
cuivre des solos &
l’on me
shampouinerait après, longuement
pour recueillir à nouveau
les quartes et recommencer
le cercle concentrique
d’une symphonie formidable.
Je suis un cheveu
blanc ondulé
crollé je
crève l’écran et
les membranes fragiles
— des tympans
— des haut-parleurs du
bastion philharmonique.

jeudi 25 août 2016

Revue de revue : Traction-brabant

L’une des caractéristiques les plus fascinantes de la poésie actuelle est le nombre incalculable de revues qui lui sont consacrées. Et tant mieux, car s’il ne fallait compter que sur les « grands » éditeurs, Poésie/Gallimard en tête (excellente collection par ailleurs, mais bien limitée par rapport au bouillonnement des poètes du dimanche et des autres jours, pas « établis » en écriture, qui ont pourtant des choses à dire, et plutôt bien), les férus de poésie auraient du mal à satisfaire leur curiosité tant les lignes éditoriales sont quelquefois frileuses. Une soif que, par contre, les revues sont parfaitement capables d’apaiser, tout comme les « petites » maisons d’édition. Pour le lecteur passionné comme pour l’aspirant poète, le passage en revue est donc quasiment obligé ; une sélection bien maigre de liens figure d’ailleurs dans la colonne de droite de ce blog.

Fanzine plutôt que revue, mais au contenu aussi riche et éclectique que beaucoup de ses consœurs, Traction-brabant est édité à Metz par Patrice Maltaverne. Car oui, l’autre intérêt des revues, c’est leur possible proximité : s’il n’en existe actuellement qu’une active au Luxembourg à ma connaissance (Transkrit, excellente mais très spécialisée dans la traduction), on peut facilement créer des liens dans un périmètre relativement réduit en franchissant la frontière. Infatigable scrutateur et zélateur de la poésie des autres via son site personnel, Maltaverne est, évidemment, poète lui-même. Lorsqu’on le contacte pour s’abonner à Traction-brabant, il prend le temps d’expliquer la revue, sa philosophie, et d’établir un contact personnalisé avec son futur lecteur. C’est ça aussi la poésie : un milieu où la passion rapproche.

On apprend donc que le nom de la revue vient de « la contraction de traction avant, l’auto et de brabant double, la charrue à double soc ». Belle métaphore du progrès envahissant et de la nostalgie qu’il induit parfois, un sentiment que beaucoup de poètes partagent, même s’ils ne dédaignent pas les réseaux sociaux pour autant. Devant le prix ridicule de la chose (cinq exemplaires pour douze euros), on comprend vite aussi que l’entreprise n’a rien d’une pompe à fric. Franchement, pour ce prix, comment être déçu ?

Mais la qualité est au rendez-vous, nous ne sommes pas là dans du low cost. Prenons par exemple le dernier numéro en date, le 69. La couverture annonce la couleur en promettant « enfin : un été zéro tiques ». D’emblée, on sait que le fanzine ne se prend pas au sérieux. Avec plus de trois cents poètes publiés à ce jour, il y a cependant de l’humour, de l’ironie, du sérieux, du fantastique ou de l’amour, quelque chose pour tous les goûts enfin ; pas mal de plumes connues désormais dans le milieu y ont aussi fait un passage.

Maltaverne se réserve une sorte d’éditorial plus théorique en général : cette fois, il s’interroge sur le dévouement des poètes à la cause poétique. Un peu déçu, il va jusqu’à traiter ses lecteurs ou ses contributeurs de « faux culs », puisque pour eux (parmi lesquels il s’inclut, bien entendu), la poésie est « juste un faire-valoir, un costume de plus [qu’ils enfilent] le week-end et les soirs après l’uniforme du boulot ». Et pourtant, il les aime, ces « drôles de poètes », qui ont choisi d’écrire mais pas seulement, de rêver mais pas tout le temps, et il conclut là-dessus.

Le cœur de Traction-brabant, ce sont évidemment les poèmes. On en a déjà évoqué l’éclectisme. Quelques exemples pêle-mêle : les haïkus ratés de Pierre Bastide (« Les hurlements des voitures qui se la pètent au feu vert / n’écrasent ni les cris ni les rires des enfants qui jouent / dans le parc où les passants pressés sombrent dans le passé »), un beau poème intitulé « L’hippo » de Jacques Cauda (« nous arrivons trempés / quand le zoo est fermé / mais on l’aperçoit / (l’hippo) caché par le / jour qui gît déjà au fond / de nous »), des poèmes hospitaliers d’Henri Clerc (« Dans la salle du dîner / la reine d’Angleterre / se munit d’une fourchette / et l’envoie valser / au visage du pondérant / duc de Toulouse »), l’évocation d’une limace par Sébastien Kwiek (« La limace grise grimace / S’égrise et s’entasse / en masse »)… Une micronouvelle post-catastrophe nucléaire de Patrick Boutin aussi, ainsi qu’un poème inspiré par l’actualité politique, et notamment les élections régionales (« ça pue la France / des mauvaises années ») de Murièle Camac. On me pardonnera de ne pas tout citer, puisque les 56 pages sont bien remplies. Lorsque les poèmes laissent un peu d’espace, on trouve des dessins, quelquefois réalisés par les auteurs eux-mêmes, mais toujours de circonstance. Le tout imprimé de façon très lisible, mais avec ce petit air de dazibao fait main qui donne un charme certain.

Bref, on l’aura compris : Traction-brabant est un fanzine poétique bourré de découvertes à chaque numéro, qui procure un plaisir diversifié et intense, dans lequel on aura à chaque numéro plusieurs coups de cœur. Peut-être aussi quelques déceptions, mais c’est la règle du jeu : il en faut pour tous les goûts. Chapeau bas à Patrice Maltaverne pour le dynamisme qui lui fait offrir cette excellente publication.


Site web pour abonnement et plus de détails : http://traction-brabant.blogspot.fr

jeudi 4 août 2016

Un conte d’Hologrimm

... où l’on découvre qu’il vaut mieux ne pas trahir sa parole.


Galoubet enchanteur, la patrie, l’Allemande,
galle ou bai en chanteur l’appâte, rit, là le mande.
Empêtrée de rongeurs la ville étend des veines
en pets, traits de ronge, heurts : la vie, l’étang ? Déveine…
Tes prix sont les leurs,
tes prisons les leurres !

Oh ! d’un fat Allemand, rat — vive la tour d’Hamelin ! —,
Odin fatalement ravive l’atour d’âme. L’un
des dix passants amers, tumescents, malveillants,
dédit, pas sans amertume et sans mal, veillant
à ses ducats d’or :
« Assez du cador  ! »

« Or  je défaille à ça : quel manque ! bonté ! dame !
Hors-jeu, des failles… Ah çà ! qu’elle manque bonté d’âme. »
Le bohème arasé, qu’on pressent valeureux,
le beau aime à raser : « Cons ! Prêts sans valeur, eux ! »
Prends-leur les gosses,
prend leur legs, ose !

Rassemble les enfants, phare à mateurs bovins !
Rassemble-les en fanfare amateur : beaux, vains.
Fous-les dans tes pas et adieu : va loin de la
foule édentée passée. « À Dieu vat ! », loue un de là.
Sale heur à prendre… Ah !
Ça leur apprendra.

vendredi 22 juillet 2016

Masochisme estival

c’était bref
mais bon
on se reverra
peut-être
un jour
dans le fracas
des vagues
où tu m’enverras
des salves
de venin
oh oui
fais-moi mal

dimanche 17 juillet 2016

Poécinéphilie 10 : La Tortue rouge

Un film d’animation de Michael Dudok de Wit (2016).


1       I. tempête inouïe
2       surgissement du naufragé
3       débat entre mer et vie ;
4       la nature lâche prise
5       II. enfoncement dans une île
6       à la végétation dense à
7       la roche nue dans
8       un couloir salé dont il faut se
9       défaire pour rencontrer
10      la plage de vie
11      III. mille tentatives de
12      navigation vaines ; les coups
13      de l’animal fantastique
14      sont les aiguilles d’une horloge
15      qui gobe les secondes glanées
16      au fil des espoirs déçus
17      IV. c’est bien Ghibli aux commandes :
18      le tanuki se fait marin
19      enfante d’une union improbable
20      un nouvel hybride de pellicule
21      V. si la musique est quelque peu
22      monotone dans son unité de lien,
23      le retour à la mer est
24      inévitable une fois la vie consommée.

mardi 5 juillet 2016

30.6.2016, château de Colmar-Berg


Image : Wikipedia

le minibus pénètre l’antre du château la porte ouverte à l’inconnu cour emmurée de notes de jazz boissons rares encore et non alcoolisées insignes qui percent les costumes et jambes dévoilées sous la pluie taquine de juin amas de visiteurs accrochés à l’horaire bonheur j’embrasse Anise qui est là aussi un peu perdue puis un cheminement en troupe disciplinée vers les quatre mains à serrer sourires empesés pas un soupçon d’ennui comment font-ils sympathiques au possible jardin impeccable où les rayons dansent où l’odeur de pluie croule sous les parfums jus couleur de pommes bâtons à brandir réminiscences des cavernes chiche nourriture les conversations sont habituelles les notes de jazz ont repris pingouin parmi la banquise honorable de la cour j’attends en souriant vue sur l’étang est-il poissonneux naturel ou s’y promène-t-on en barque quelquefois les cocktails vacillent et les glaces sont délicieuses les réceptions grand-ducales ne sont finalement pas pour les poètes je crois.

lundi 4 juillet 2016

Anthologie subjective : Xu Lizhi

Parmi l’immensité des catégories de poètes, il y a celle du poète ancré dans la vie de tous les jours, et tout particulièrement dans la vie au travail. Habile ou malhabile tâcheron des mots qui décrivent des gestes répétés, il rend simplement compte de son vécu, comme un exutoire peut-être ; il ne prétend pas à la transcendance de la publication ou à l’honneur des reconnaissances.

C’est d’autant plus vrai pour Xu Lizhi qu’il s’est suicidé le 30 septembre 2014 à Shenzhen. Il était employé chez Foxconn, le fameux sous-traitant d’Apple et consorts connu pour ses conditions de travail inhumaines, qui a déjà fait l’objet de nombreux articles dans la presse. Xu Lizhi était aussi un travailleur migrant : originaire de la ville de Jieyang, dans l’est de la province du Guangdong, il a été embauché par Foxconn à quelque 300 kilomètres de là. Foxconn People, le journal interne de cette mégaentreprise qui compte 350 000 personnes à Shenzhen, a d’ailleurs publié des articles de Xu. Son rêve ? Devenir libraire. Mais le sort en a décidé autrement. Acculé pour vivre à travailler à la chaîne pour assembler les gadgets électroniques d’un monde en mal de connectivité compulsive, il n’aura tenu que jusqu’à 24 ans.

Certains de ses poèmes ont été traduits en français par Célia Izoard et Alain Léger dans le livre La machine est ton seigneur et ton maître, éditions Agone, 2016, 128 p., 9,50 €.


Une vis tombe par terre (9 janvier 2014)

Une vis tombe par terre
Dans cette nuit noire des heures supplémentaires
Plongeon vertical, on l’entend à peine atterrir
Personne ne la remarquera
Tout comme la dernière fois
Une nuit comme celle-ci
Quand quelqu’un s’est jeté
Dans le vide

*

Une sorte de prophétie (18 juin 2013)

Les anciens du village disent tous
Que je ressemble trait pour trait à mon grand-père jeune
Je n’arrivais pas à les croire
Mais à force de les écouter
Ils m’ont convaincu.
Mon grand-père et moi avons les mêmes expressions du visage
Même caractère, mêmes passe-temps
Comme si nous étions sortis du même ventre
Mon grand-père était surnommé « Tigre de bambou »
Et moi « Porte-manteaux »
Mon grand-père ravalait souvent ses sentiments
Je suis souvent obséquieux
Mon grand-père aimait les devinettes
J’aime les prémonitions
1943, à l’automne 1943, les démons japonais sont entrés et
Mon grand-père a été brûlé vif
23 ans, à l’âge de 23 ans.
J’aurai 23 ans cette année.

*

Un autre poème en français dans un article de Télérama.

lundi 20 juin 2016

Philharmonie de Paris, 8.3.2016

Photo : J. Jocif

Laurence Equilbey dirige l’Insula Orchestra dans la Symphonie no 3 en mi bémol majeur, dite Eroica de Ludwig van Beethoven. Retour sur le concert du 8 mars 2016 à la Philharmonie de Paris, encore visible jusqu'en septembre 2016 en ligne.


Elle charge d’une inspiration tremplin
que les micros captent dans le silence
qui a succédé aux raclements ;
sobriété dans l’amplitude
des mouvements de la baguette
— que la Marche funèbre déposera —
Oscillations en miniature qui
commandent une dynamique insoupçonnée :
tout juste enfonce-t-elle les roulements
tout juste laisse-t-elle apparaître
sur son visage qui respire
l’i m m e r s i o n dans les notes
un sourire que rendent les flûtes,
tant elle vit le contrepoint
avec passion. Ou peut-être si :
lorsque, bras croisés, elle attend
le soulagement, entre les mouvements,
de ceux qui ont oublié
leurs pastilles pour la gorge…
Les bois d’époque articulent
les nuées mélodiques comme si
le compositeur les hantait ; les cors
vrombissent à son commandement,
bourdons qui s’envolent vers les
arpèges melliflus des cordes. Elle encourage
au beau milieu d’une phrase
à un vibrato plus intense ; elle commande
d’un geste, sans un regard,
un contre-chant ; économie des bras
— & des jambes, plantées bien droites
sur l’estrade de son état-major —
mais abondance d’éclats pour le public,
elle incite maintenant du regard
une entrée capitale. Deux mille souffles retenus
nourrissent ses expirations qui accélèrent,
& puis elle vainc, évidemment
— en général héroïque.

lundi 13 juin 2016

Climats


Climats, de Laurent Grisel, a déjà été évoqué dans nombre de publications sur la poésie, que ce soit en ligne ou dans des revues papier. Pourquoi dès lors revenir sur un livre qui ne sera pas une découverte pour les lecteurs enthousiastes de poésie ? Parce que je ressens beaucoup d’affinités avec l’écriture de Laurent Grisel, que j’ai brièvement rencontré lors du Marché de la poésie de la place Saint-Sulpice : cet ouvrage, une commande à l’origine, présente tous les aspects du climat et des changements qu’il subit. Un livre programme où l’auteur s’empare de la science pour convaincre, et pas seulement des métaphores. Et la science peut être éminemment poétique, car l’abstraction qui ressort de chiffres où règne la sèche exactitude physique (une expression que j’ai employée dans Flo[ts] et qui pour moi jette un pont entre les deux livres, qui partagent de nombreux thèmes communs) peut déclencher la plus vive émotion.


Le méthane CH4, effet de serre 84 fois le CO2 à vingt ans, 28 fois à cent ans
réchauffe les océans de plus en plus
profondément
ce qui libère les hydrates de méthane
ce qui augmente l’effet de serre
ce qui réchauffe l’atmosphère
ce qui réchauffe les océans, les lacs dans lesquels sont enfouies beaucoup de matières organiques apportées par les cours d’eau
ce qui a eu le temps, depuis des siècles, des millénaires, de produire des hydrates de méthane
lesquels, par réaction auto-entretenue et accélérée
dans des eaux déjà saturées de méthane
par la montée progressive de la chaleur
remontent à la surface
etc., etc.


L’une des constantes du livre de Laurent Grisel est en effet l’évocation des boucles, ces phénomènes de rétroaction dont les équilibres fragiles gouvernent le climat (entre autres). En ce sens, Climats rend compte de l’inéluctable emballement du réchauffement climatique d’une façon à la fois scientifique et poétique, ce qui, on l’a vu, est très loin d’être antinomique.

Même pas cent pages, mais tout y est : de la lutte des Mundurukus qui symbolisent toutes les luttes des peuples autochtones contre l’extractivisme aux racines néolibérales d’un système en bout de course, Laurent Grisel explore les tenants et les aboutissants de son sujet dans un livre ramassé qui n’en produit que plus d’effet. Et, si les solutions existent, qu’il n’oublie pas d’évoquer tout en brocardant les fausses bonnes idées du greenwashing, il ose aussi nous rappeler notre nature ténue de minuscules poussières de l’univers en concluant son livre par un voyage vers l’infiniment lointain superamas de galaxies Laniakea. Là-bas, on se soucie bien peu du devenir de notre petite planète. Un ouvrage essentiel de ce qu’on appelle maintenant l’écopoésie.

Climats, Laurent Grisel, éditions Publie.net, 100 p., en éditions numérique et papier.
Autre extrait sur Poezibao.

dimanche 29 mai 2016

Alifère

Image : A. Davey, CC-BY-2.0. Ahura Mazda, le dieu des zoroastriens.

Alifère, adj. : « qui porte des ailes ». (Trésor de la langue française informatisé)


Académie des coléoptères
Louange des élytres
Il est dans l’air comme une
Folie des espaces ouverts
Ère propice aux plus soudains
Retournements, pourvu qu’on
Embraye la marche arrière

dimanche 15 mai 2016

National Centre for the Performing Arts (Mumbai), 17.3.2016

Zubin Mehta dirige l’Israel Philharmonic Orchestra dans La Valse de Maurice Ravel.


Il faudrait enduire
le bout de sa baguette
de suie — comme dans ce jeu
enfantin où, dans l’obscurité,
on offre un bouchon noirci
à un innocent bientôt maquillé ;
ici, ce serait pour lui présenter
une feuille de papier
capturer les gestes
sur des toiles qui feraient
le bonheur des musées. Il dirige
en majordome soigné
tout entier dévoué à son orchestre
tournant des arabesques multiples
des loopings renversants qui donnent
vie aux rubatos les plus osés
(il faut le voir, à Vienne,
dans le concert du Nouvel An — et
le tout par cœur, yeux toujours
rivés sur les artisans du son)
Il manie avec retenue
les plus secrets potentiomètres
d’une console numérique dernier cri
pour marier les volumes. Ses inclinaisons
sont des révérences étudiées —
ses inclinations, celles d’un
citoyen du monde. Tout en lui
semble mesuré, du froncement d’un sourcil
aux pizzicatos d’un simple
soulèvement. Économie. Épargner
le souffle des cors pour mieux
le rendre à la fin. Lancer un trait de harpe
tourné vers les contrebasses. Effacement
devant la virtuosité des archets — anches —
embouchures — baguettes ; il écarte
le tutti pour faire place aux solistes. Le
tourbillon inexorable et macabre
de Ravel, déguisé en hommage à Vienne,
qui d’autre que lui pourrait
le rendre avec tant de flegme ? Sur
son plateau le niveau du verre
reste impeccablement plan,
alors qu’au-dehors tout virevolte.

mardi 10 mai 2016

Périhélie

Image : Carlos Cramez

Périhélie : ASTRON. Point de l'orbite d'une planète du système solaire ou d'une comète quand celle-ci se trouve le plus près du soleil. (Trésor de la langue française informatisé)


Pourtant, je te jure ! je l’avais
Écoute-moi ! oui, je la tenais
Regardons bien aux alentours
Il a suffi d’un seul instant
Hâbleur, moi ?
Étourdi peut-être… —
Luit-elle toujours de ce ton caressant ?
Il a suffi d’un seul instant
Envolée, j’en ai perdu la trace

mardi 26 avril 2016

Poécinéphilie 9 : Faust


Un film de Friedrich Wilhelm Murnau (1926), avec Gösta Ekman Sr., Emil Jannings, Camilla Horn, Wilhelm Dieterle et Yvette Guilbert.
Ciné-concert de Jean-François Zygel, le 25 avril 2016 à la Philharmonie Luxembourg.

1       C'est à une palette des gris
2       que le spectateur est convié :
3       aplats de brume, crachin de
4       surimpressions, rôtir dans les feux
5       de l'enfer argentique —
6       sans chichis réalistes ; et les notes en
7       grappes, Stravinsky à la
8       rescousse comme Méphisto
9       Vendre l'âme des touches noires
10      (elles sont moins nombreuses...)
11      pour guérir les touches blanches
12      de modes trop tonals ; imposer
13      le grégorien pour contrer la peste,
14      invoquer trois fois le nom de
15      Liszt ! Marguerite ne peut pas savoir
16      le sort que l'objectif pervers
17      lui réserve. Le froid de la peste
18      contamine l'audience, Faust
19      se dévoue pour sauver nos âmes
20      Alors la nef résonne —
21      repoussante d'écho —
22      la lumière ruisselle et embrase,
23      dans un halo elle estompe et
24      souligne, pour finir en ré majeur.

lundi 18 avril 2016

Ataraxie

Image : Yann Cœuru, CC BY 2.0

Ataraxie : PHILOS. Tranquillité, impassibilité d'une âme devenue maîtresse d'elle-même au prix de la sagesse acquise soit par la modération dans la recherche des plaisirs (Épicurisme), soit par l'appréciation exacte de la valeur des choses (Stoïcisme), soit par la suspension du jugement (Pyrrhonisme et Scepticisme). (Trésor de la langue française informatisé)


Ah ! que ce petit chemin
Tu des habitués
Accrochés à leurs plaisirs sauvages
Rabiboche
Assailli même par les éléments ligués
X fois sans qu’on y décèle une fin
Immanquablement les
Espaces inconnus d’un avenir hier maussade

mardi 12 avril 2016

Si même les plates-bandes…

… lisent l’édition printemps-été de La Tribune du Jelly Rodger, alors pourquoi pas vous ?

Dans cette édition, outre un petit poème de votre serviteur sur la famille et ses interminables déjeuners, il y a comme d’habitude l’édito engagé de Seream, les illustrations poétiques en quelques couleurs qui en paraissent mille coordonnées par Éloïse Rey, les innombrables haïkus un peu plus sérieux, et la suite de l’enquête haletante de Quentin Voirons.

Pas avare de jeux de mots, comme à l’accoutumée, cette Tribune propose également un dossier très sérieux (enfin, presque) sur la féminisation de la langue française. Mon coup de cœur du numéro, c’est l’excellent poème de Blonde Nijinsky, « L’homme is a losing game ». Avec le vocabulaire des jeux (de société, de cartes…), l’auteure explique comment se passer de la gent masculine, tout en humour décalé, jeux de langue et allusions toujours légères : « Au Memory des rencontres, / J’ai cherché en vain ma pair mais / J’ai perdu le sens. / La dernière fois que je l’ai vue, / Elle portait le masque d’un autre (que) moi. »

Bref, vingt-quatre pages de bonheur poétique parfois hilarantes, parfois pince-sans-rire, jamais ennuyeuses, pour un printemps qui commence bien.

Pour acheter le journal, et surtout pour le soutenir en se nabonnant, c’est ici : http://www.latribunedujellyrodger.com.

samedi 26 mars 2016

Philharmonie, 24.3.2016

Photo : François Zuidberg / Philharmonie Luxembourg

Gustavo Gimeno dirige le Requiem de Verdi à la Philharmonie Luxembourg, avec l’Orchestre philharmonique du Luxembourg, le Wiener Singverein et les solistes Tamar Iveri, Daniela Barcellona, Saimir Pirgu et Orlin Anastassov.


Les gestes sont amples, les nuances,
exacerbées — un chœur qui remonte
des profondeurs du silence puis
bondit dans le Dies irae encore
& encore & encore, faisant
parfois sursauter les distraits ;
des solistes, il pince les cordes
vocales — comme d’une harpe
Il mouline, arrache & forge
le métal doré des trompettes
qui jaillissent hors scène, dans
les tours d’ivoire de l’au-delà
Seul qui demeure debout
pendant quatre-vingts longues
minutes (pour les muscles,
car aux oreilles elles ne semblent
que quelques secondes volées
à l’actualité brûlante), il personnifie
la colère, le recueillement & le deuil
Les lumières de la salle
restent allumées — les reflets
des montres des violons
mènent un bal étrange ; il garde
sa stature, décollant à peine de
l’estrade. Remplaçante pourtant,
la basse éclipse le ténor trop lyrique
mezzo et soprano à l’unisson
vibratos de synchronie travaillée
& puis lui aussi chante, avec
les fantômes d’une partition annotée
par son mentor — Libera me scandé
puis murmuré par le chœur, pianissimo
de deux triolets de noires ;
suspens d’un bras qui reste levé
le temps de dire : umanità
musica & pace. Alors seulement
bris du silence.

vendredi 18 mars 2016

Poécinéphilie 8 : Sunset Song


Un film de Terence Davies (2015), avec Agyness Deyn, Peter Mullan et Kevin Guthrie.
1       De la nacre glaise écossaise
2       émerge une perle de culture :
3       culture des blés, des notes
4       d’une cornemuse au couchant
5       de la boue, des lochs
6       et des collines. L’accent chante,
7       les paysans triment
8       Parfois une fête vient
9       distraire ces paroissiens assidus
10      que le murmure du monde
11      n’atteint qu’à travers la
12      rumeur sourde : Aberdeen
13      comme un eldorado pour certains,
14      épouvantail pour elle qui, fière,
15      bravera les regards après
16      des funérailles trop précoces
17      L’amour, échappatoire ;
18      la guerre, inexorable
19      Petites touches, grande histoire ;
20      sentiments chétifs — tant que
21      n’éclate pas l’orgueil atavique
22      des clans gorgés de bruyère
23      et de brumes matinales —
24      puis vient implacablement le tracteur.

vendredi 11 mars 2016

Villeux

Fred Johnson en yéti dans The Abominable Snowman (Val Guest ,1957)

Villeux : BOT., ZOOL., peu usité. Qui est recouvert de poils longs et touffus ou d'un fin duvet. Synon. tomenteux, velu. Insecte villeux; plante villeuse. (Dict. XIXe et XXe s.). (Trésor de la langue française informatisé)


Versants de l’Himalaya.
Il faut bien que
Le yéti se console
(L’hiver) de notre incrédulité
Entêtée en jouant
Unilatéralement au morpion :
X

mardi 1 mars 2016

Poécinéphilie 7 : लागा चुनरी में दाग (Laaga Chunari Mein Daag, Une tache sur mon voile)


Un film de Pradeep Sarkar (2007). Avec Rani Mukerji, Konkona Sen Sharma, Jaya Bachchan, Kunal Kapoor et Abhishek Bachchan.
1       Bénarès, Varanasi, Kashi —
2       prélude au déferlement des émotions
3       façon Bollywood — avant les derniers coups
4       de boutoir du cinéma mondialisé ;
5       bord du Gange où les lèvres
6       entonnent l’hymne de deux sœurs
7       avant un délitement. Peu importe
8       la vraisemblance de cette pauvreté
9       de palais. Peu importe
10      ces images cartes postales
11      qu’on serait bien en peine
12      de retrouver après un long chemin :
13      un soupçon d’Inde moderne
14      enchanteresse en Technicolor
15      et en musique souffle sur Bombay, Mumbai et
16      les braises de la prostitution présentable
17      Mais Rani !
18      Rani aux yeux lumineux
19      Rani au sourire timide et carnassier
20      Rani qui se dévoile à peine
21      Rani qui s'offre entièrement
22      Rani effacée, Rani décisive,
23      Rani pécheresse, Rani déesse :
24      qu’importe au fond l’histoire ?

vendredi 19 février 2016

Philharmonie, 17.2.2016

Photo : François Zuidberg / Philharmonie Luxembourg

Yannick Nézet-Séguin dirige le Chamber Orchestra of Europe dans la Symphonie no 2 en si bémol majeur, dite Chant de louange,  de Felix Mendelssohn, à la Philharmonie Luxembourg. L'interview évoquée se trouve ici.


Précision des attaques
il tire les sons
à lui — l’organiste impas-
sible et le chœur dentelé
de tailles juxtaposées ;
il écourte au
besoin — caresse les
archets, en saisit presque
les crins ; trombones !
timbales au couperet
net, résonnent les mots
de mon interview une
heure avant : « ils ont
soif d’être guidés », m’a-t-il
dit ; il amplifie
les accords, sautille avec les
bois sonores et impec-
cables ; éternuement comique
du premier violon (mais
tout continue — instants
volés   voyeurs impudiques
de bonheur musical partagé) ;
il dévie les sinusoïdes
des chanteurs vers les spec-
tateurs. La symphonie pâteuse
et presque indigeste au disque
devient ici émouvante et
même l u d i q u e. Mendels-
sohn à son meilleur — il
courbe modèle égratigne soulage
les violoncelles en redemandent ;
il accélère et virevolte, conduit
le bal du populaire et du sacré,
comme si notre vie en dépendait ;
pas de baguette, mais
des rayons invisibles — non !
on les perçoit à l’œil nu ! —
qui jaillissent des doigts ;
il se penche jusqu’à em-
brasser les altos, va-t-il aussi
diriger les applaudissements ?

lundi 15 février 2016

Poécinéphilie 6 : Taxi


Un film de et avec Jafar Panahi (2015).
1       Flux de voitures et de piétons
2       incessants – Téhéran
3       est une fourmilière. Le taxi
4       démarre pour une course
5       multiple et – évidemment –
6       scénarisée ; Cheshmeh-Ali, c’est
7       le but, mais il y aura
8       des détours. La débrouille
9       éclaire les visages, les palabres
10      animent l’habitacle...
11      Que vient faire un réalisateur
12      reconnu au volant ?
13      Chacun tourne un film
14      à sa manière ; certains
15      en catimini, d’autres
16      ostensiblement qui, friands de conseils,
17      parviennent à peine à ébranler
18      le visage impassible du chauffeur
19      (à la limite d’être perdu
20      dans sa propre ville). Tout
21      se joue à l'esbroufe :
22      faux-semblants, voleurs qui se
23      croient invisibles, café glacé et
24      images volées à un régime schizophrène.

vendredi 12 février 2016

L'Infiniment Proche

Pour être Académicien, il faut faire acte de candidature. La nécessaire vanité d’une telle démarche sied-elle à un poète ? Il faut bien le dire : c’est la mention « de l’Académie française » qui a aiguisé ma curiosité pour L’Infiniment Proche, dernier recueil de Michael Edwards. Résultat, une belle surprise, avec un livre qui sait concilier formes classiques et invention poétique actuelle.

Si Michael Edwards écrit aussi bien en anglais qu’en français, force est de constater que, dans ce livre, à part quelques expressions ou substantifs çà et là ou l’évocation de John Constable, ces deux univers semblent compartimentés. L’ensemble respire la poésie française, tant dans le rythme (certains alexandrins sont des modèles de classicisme) que dans l’inspiration, trouvée sur cette frontière ténue qui sépare le réel de l’imaginaire et qu’on retrouve en majorité dans de nombreuses revues de poésie hexagonales.

Mais de classicisme excessif, point : si Edwards nous gratifie d’une « Mort de Sardanapale » en contemplation du tableau, il le fait en vers libres, dans une forme à la structure lâche, « Où l’on survit à un désastre les yeux pleins de rêve ». Oui, il convoque « Obéron, Titania et la ronde des fées », mais sait aussi regarder par la fenêtre pour trouver l’inspiration, comme avec ce loriot, « alto / à la gorge ronde ». Comme une sorte d’art poétique, il nous apprend aussi que, pour lui, « le poète sème des versillons d’une justesse exemplaire », « dans des vers alignés, un univers parallèle ». Presque à l’opposé du bloc-notes plutôt rationnel qu’il tient sur le site de l’Académie française.

L’ensemble est donc bien équilibré et pas d’un autre âge, contrairement à la vénérable (en tout cas dans l’expression consacrée) institution fondée par Richelieu. Et il y a même un morceau de bravoure ; en sept séquences et sur une cinquantaine de pages, « Au fond du puits » est un long chapitre qui s’ouvre lorsque le poète « touche avec [sa] main la margelle du puits », pour se demander : « Mais qu’est-ce donc qu’il veut de moi, au fond du puits ? » S’ensuivent questions concrètes et rhétoriques (le puits est-il réel ?), métaphores et exclamations (« Être un, être nu ! ») en vers libres ou en vers rimés et cadencés, qui traduisent en mots le regard poétique qui jaillit d’une situation exceptionnelle (ou pas) et qui interroge le monde.

Un recueil à la fois sage et espiègle, à la fois sérieux et facétieux, et aux formes éclectiques.


L’Infiniment Proche, éditions de Corlevour, 112 p., broché, 19 €
ISBN 978-2-37209-017-9


LORIOT

corps
invisible glorieux

flûte en or
de la forêt

alto
à la gorge ronde

oracle
au secret des feuilles

appel
d’ailleurs

tes lances de velours
étonnent le silence

tu t’évanouis
dans la nuit des verdures

mercredi 3 février 2016

Poécinéphilie 5 : An (Les Délices de Tokyo)

Je n’ai pas encore présenté sur ce site la série « poécinéphilie ». Réparons donc cet oubli ! Le principe en est simple : il s’agit de traduire par un poème l’impression laissée par un film. Deux contraintes sont imposées : le temps de rédaction ne doit pas dépasser trois ou quatre minutes, soit le temps d’une bande-annonce (en espérant que le poème soit bien plus représentatif du film que les bandes-annonces souvent interchangeables) ; le poème doit faire exactement 24 vers, soit le nombre d’images par minute lors d’une projection avec une vraie pellicule, pas avec les images pixelisées dont nous gratifie la projection numérique désormais inévitable. C’est donc tout simple… en apparence.

Un film de Naomi Kawase (2015), avec Kirin Kiki, Masatoshi Nagase, Kyara Uchida.


1       Tel un dorayaki —
2       croûte quasi occidentale et
3       intérieur sauvagement nippon —
4       se déploie le conte ;
5       tel un dorayaki —
6       superficiel en apparence et
7       pont vers l’effusion des sens
8       une fois franchie la
9       barrière ténue des conventions —
10      fleurit la pellicule. Les
11      cerisiers assistent, placides,
12      à la savante cuisson
13      des générations réunies
14      Haricots généreux, haricots personnages,
15      c’est le tour de main
16      qui dompte vos soubresauts
17      de divas rouges comme des
18      enfants effarouchés des
19      adolescents en mal d’amour des
20      dieux qu’écrase
21      la modernité ambiante —
22      celle qui de simples malades
23      aura fait des parias.           Mais
24      pourtant        perdure         le goût.

mardi 26 janvier 2016

Anthologie subjective : Anise Koltz

Au Luxembourg mais aussi dans tout le monde francophone, celles et ceux qui aiment la poésie connaissent évidemment Anise Koltz. Une grande dame qui, du haut de ses 87 ans, fait figure de marraine de la poésie grand-ducale. C’est donc avec beaucoup d’à propos que Poésie Gallimard, pour ses 50 ans, a conçu une anthologie de la poétesse, première Luxembourgeoise à se voir ainsi honorer d’un titre dans cette collection de référence.

Lire la poésie d’Anise Koltz, c’est un peu comme la rencontrer : sous des abords timides dont seule la patience de son interlocuteur viendra à bout, on découvre des perles cachées. C’est elle-même qu’elle met en scène, tout en écrivant ce qu’elle ne saurait dire en public, avec force métaphores et images décalées. Ses poèmes sont courts et disent beaucoup en peu de mots ; presque des aphorismes quelquefois, tant la puissance d’une idée s’accole à une forme concise mais gratifiée d’un fin polissage pour la rendre terriblement efficace.

Avec Anise Koltz, pas de poésie expérimentale ou de variations infinies des formes : depuis son premier recueil, en 1966, elle a gardé un cadre relativement fixe mais sait y exprimer une large palette de thèmes, dont certains récurrents comme la mère, son époux décédé ou sa fascination pour la nature et les astres célestes. Tout cela sans qu’une fois le lecteur se lasse.

Un recueil essentiel chez Gallimard donc pour un aperçu de 50 ans de poésie, qui n’empêche pas de se plonger avec bonheur dans les éditions originelles des livres d’Anise Koltz pour encore plus de plaisir.

À lire aussi, mon article pour le woxx qui rend compte d’un récent entretien avec la poétesse luxembourgeoise.

Somnambule du jour, Poésie Gallimard, 2016


Mon langage
installé de longue date
comme le port d’Alexandrie
est marqué de commerce
il sent la contrebande

extrait de S’adonner au silence, 1983.

Chaque matin
après lui avoir brossé les ailes

Je range mon ange gardien
dans le placard

extrait d’Un monde de pierres, éditions Arfuyen, 2015.

lundi 11 janvier 2016

Poécinéphilie 4 : Shān Hé Gù Rén (Au-delà des montagnes)

Un film de Jia Zhangke (2015), avec Zhao Tao, Sylvia Chang, Dong Zijian.


1       Choisir entre les deux,
2       le peut-elle ? Et pourtant
3       la Chine au capital triomphant
4       de ses assauts explosifs
5       anéantit les rêves et diffuse
6       de rage la silicose
7       à un soupirant éconduit. Mais
8       le bonheur est à l'image
9       du fleuve Jaune, tantôt
10      charmeur, tantôt glacé ;
11      il charrie ses victimes
12      jusqu'aux confins de l’
13      Australie, acculturation et
14      souffrance d'espoirs déçus,
15      regrets d'une mère dans sa
16      province chinoise.
17      Litanie de Go West et
18      de la Cantonaise Sally Yeh,
19      précision des plans,
20      défilement du temps et des
21      visages. Et puis étirement
22      progressif de l’image, des sens,
23      que deviendra cet empire du Milieu
24      lorsque ses enfants utiliseront leurs hallebardes ?

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