Accrocstiches

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jeudi 22 juin 2017

Transfusion en ut (sur le thème « Rouge(s) »)

Photo : Wikimédia.

ROUGES les accords
des ORGUES hirondelles
à la SORGUE des vêpres /
majeurs et mineurs

d’écarlates fauteuils
aux dossiers velours ;
de vitraux carmin
résonnent les tierces

l’instrument déverse
la vie intubée de
globules rutilants
fugue des heures passées

des rideaux de brocart
cachent la perfu-
sion profuse / doigts
serrés sur les touches

mains recroquevillées
sur les jeux / pieds nus
sur le pédalier ;
basse continue de vie

s’écoulent les gestes
denses qui stoppent
net / ROUGES les
plaques ROGUES de la peau

marée d’éther qui
embrase les centres
de la vision — GOURSE
perdue au ressac

l e n t e m e n t perlent
les gouttes qui soign-
eront de verts ma
partition daltonienne

lundi 12 juin 2017

Mauvaise perdante

Je n’ai pas gagné au loto des sommes folles
ni obtenu trois vœux d’un génie dans une lampe

je vais au boulot comme beaucoup
je joue de temps en temps sans trop d’espoir

je lis des contes à mes enfants pour qu’ils
s’endorment, mais c’est eux qui y croient

qui croient qu’il y a des génies dans les lampes
des boules de loto qui me voudraient du bien

je vais au boulot comme beaucoup
je pars tôt et je rentre tard comme beaucoup

je suis partie en vacances plusieurs fois
ça fait de moi une privilégiée je sais

mais je n’ai pas gagné au loto des sommes folles
ni obtenu trois vœux d’un génie dans une lampe

je crois bien que c’est parce que j’aurais trop de vœux
à faire pour moi seule vous comprenez

je n’ai pas l’intention de freiner le changement climatique
ni d’arrêter les guerres ou les famines

les génies et les boules de loto le savent
et ne me choisissent jamais à cause de ça

ils sont un peu simplets quand même
de croire les autres qui leur promettent de telles âneries.

mardi 21 mars 2017

Ptérodactyle en cage

Le spectacle Ptérodactyle en cage a été créé le 9 mars 2017 à la galerie Simoncini, à Luxembourg-ville, dans le cadre des festivités du dixième anniversaire du Printemps des poètes Luxembourg. Les textes du recueil étaient accompagnés d’œuvres de Schönberg, Scriabine, Glass, Janáček, Kurtág, Satie, Cowell, Prokofiev, Bartók, Poulenc, Ligeti et Bach. Texte et voix : Florent Toniello. Conception musicale et interprétation : Jean Hilger. Assistance musicale : Colin Toniello.

Ptérodactyle en cage, éditions Phi, ISBN 978-99959-37-39-3. Dans les librairies au Luxembourg, sur le site de Phi et en commande ailleurs.

Un tout petit extrait (la fin) du spectacle (qui dure une heure) en vidéo...

... et un des poèmes du recueil :


25 mars : gazouillis

je n’envie pas les oiseaux
et leurs nids frêles
comment les descendants des dinosaures
peuvent-ils quémander des miettes
dans les squares, les jardins
— s’accommoder d’une vie
en cage ?

ptérodactyle en puissance
je déploie mes ailes
aiguise mes griffes
fonds sur la proie
des miradors qui brillent
au soleil — qui narguent
avec insolence le sempiternel
chemin de croix
de la promenade quotidienne

vendredi 24 février 2017

En Sercq

Sercq, la fenêtre dans le rocher (photo : privée)

Retour sur une agréable lecture le 16 mars 2016, avec Antoine Cassar, au café littéraire Le Bovary, qui avait pour thème « Petites causeries sur les îles ».


En Sercq

Je cheminerai bien loin de Compostelle
là en Sercq où les sentiers noirs
de l’absence de la folie de voir
ouvrent le ciel à des oraisons d’étoiles

Je cheminerai bien loin des trottoirs humides
sur ces sentiers à l’arôme incertain
dans la lande abrupte menant à la fenêtre de roche
d’où lancent l’assaut les téméraires

    sous le couvert
    ruminent les tracteurs ailés
    bêtes de somme — ascenseurs fidèles
    ressac à pic sous la Coupée
    tranchant des rochers comme
    élan vaniteux d’embruns

Je cheminerai dans le silence du jour
à l’orée d’ajoncs et de pierres
humant l’absence de fiel
un parmi les bruits alentour

Je cheminerai pieds nus sur le gravier
coupures de brins aiguisés
ampoules de tant de quiétude
cors grondant leurs notes de fatigue

    et sous l’orage
    attendant l’accalmie
    je ferai le compte des inventions
    qui lient l’homme à son destin
    de forçat avide de biens
    gagnés à la sueur d’autres fronts

Je cheminerai de l’aube
au crépuscule du dernier bateau
trempant les orteils avec délectation
dans l’écorce des coquillages

Je cheminerai encore
à l’heure de quitter la Terre
pour mettre le cap sans regrets
vers Bételgeuse et Aldébaran.

jeudi 3 novembre 2016

Sans titre

Les coquelicots, de Claude Monet

ces bouquets de lilas offerts,
chaque saison à travers les barrières
qui matérialisaient l’abandon de
la maison insolite aux volets
toujours clos — chauve-souris
& campagnols trouvaient refuge
dans la vacuité sereine de ce
bord de ville — conservatoire
de plants inconnus, auditorium
de coassements symphoniques la
nuit venue — on a craint les
tractopelles pragmatiques venues
sacrifier cet arboretum de voisinage qui
a croulé sous un tas de décombres,
morceaux de béton mêlés aux
rares résidus de ferraille que n’a pas
recyclés l’écologie urbaine — on a
souffert de l’absence des chauves-souris
des campagnols & des coassements
guettant l’advenue printanière & toujours
déçue des tiges & des bourgeons désor-
mais disparus, comme la promesse des
bouquets de lilas au printemps suivant
qui restait submergée de gravats stériles —
en juin la ville a ployé sous les
vents des orages & on n’a pas scruté
le lopin démembré par la fièvre immobilière,
on s’est terré à l’abri des gouttes dans
un salon où la cheminée a repris du
service — ils sont là maintenant,
défiant de leurs hampes bien droites
les ruines que la ville n’a pas encore
affectées à un usage minéral, rouges
comme la fureur de leur pousse accé-
lérée, rouges comme l’ampleur de leur
défi aux excès humains, tout un champ
gigantesque de coquelicots à la saveur
& à l’arôme de miracles opiacés

vendredi 22 juillet 2016

Masochisme estival

c’était bref
mais bon
on se reverra
peut-être
un jour
dans le fracas
des vagues
où tu m’enverras
des salves
de venin
oh oui
fais-moi mal

mardi 5 juillet 2016

30.6.2016, château de Colmar-Berg


Image : Wikipedia

le minibus pénètre l’antre du château la porte ouverte à l’inconnu cour emmurée de notes de jazz boissons rares encore et non alcoolisées insignes qui percent les costumes et jambes dévoilées sous la pluie taquine de juin amas de visiteurs accrochés à l’horaire bonheur j’embrasse Anise qui est là aussi un peu perdue puis un cheminement en troupe disciplinée vers les quatre mains à serrer sourires empesés pas un soupçon d’ennui comment font-ils sympathiques au possible jardin impeccable où les rayons dansent où l’odeur de pluie croule sous les parfums jus couleur de pommes bâtons à brandir réminiscences des cavernes chiche nourriture les conversations sont habituelles les notes de jazz ont repris pingouin parmi la banquise honorable de la cour j’attends en souriant vue sur l’étang est-il poissonneux naturel ou s’y promène-t-on en barque quelquefois les cocktails vacillent et les glaces sont délicieuses les réceptions grand-ducales ne sont finalement pas pour les poètes je crois.

lundi 23 novembre 2015

Flo[ts]

Vient de paraître aux éditions Phi : Flo[ts], récompensé par le premier prix du Concours littéraire national du grand-duché de Luxembourg. Dans ce recueil, j’ai voulu évoquer l’histoire de notre planète, parcourant les millions d’années, jusqu’à l’avènement de créatures dont certains pensent qu’elles sont l’avenir de l’humanité. C’est pourquoi on y trouvera pêle-mêle des alexandrins, des octosyllabes, des rimes riches et pauvres, féminines et masculines, mais aussi des vers libres, des acrostiches, des constructions de phrases avec du gras dans les poèmes ou bien des petites capitales qui tiennent lieu de titre, mais aussi des poèmes avec de véritables titres, des poèmes courts et des poèmes longs, enfin toute une diversité poétique qui représente le monde tel qu’il a été, qu’il est ou qu’il sera. Vaste programme, oui, mais l’avantage du poète est qu’il n’a aucune prétention à l’exhaustivité.

Ces Flo[ts], ce sont évidemment ceux de l’Alzette qui coule près de chez moi, mais ce sont aussi ceux de la Méditerranée où se passent des choses effroyables, ou ceux des fjords norvégiens troublés il n’y a pas si longtemps. Parce que la guerre et les massacres sont dans ce livre, bien sûr, puisque l’espèce humaine ne sait pas y renoncer. Mais on y trouvera aussi l’optimisme de la nature, des « choses » personnifiées qui veulent communiquer leur joie de vivre et nous faire cadeau des leçons qu’elles ont tirées de leurs vies parfois mouvementées, parfois aussi tranquilles que les flots des rus qu’elles bordent. Les fleurs vous parleront, les pierres aussi. Saurez-vous écouter leur message ? Cependant, je l’espère, aucun écologisme benêt dans ces lignes. La poésie n’a rien à imposer : seul le lecteur y décèle ce qu’il lui convient de déceler. Le poète ne peut que guider ceux qui veulent tenter l’aventure des mots.

Et puis ça encore : dans la précipitation pour publier le recueil avant les Walfer Bicherdeeg, je n’ai pas fait pour moi-même ce que je fais pour les autres, me concentrant trop simplement sur la mise en page des poèmes. Erreur d’un débutant pour son premier livre publié. Alors, le correcteur que je suis assume entièrement la responsabilité des coquilles des pages 15, 19, 62, 88 et 102. Il était trop tard pour les corriger lorsque j’ai relu le texte de manière « technique ». Les autres (si je n’en ai pas oublié, bien sûr) sont volontaires, notamment l’absence de trait d’union dans certains mots composés. J’espère pourtant que, pour les lecteurs pris dans les vers, elles passeront inaperçues en grande majorité.

Voilà, quelques mois de travail s’achèvent maintenant. Place aux lectures qui viendront bientôt, et place aux lecteurs.

Flo[ts], éditions Phi, ISBN 978-99959-37-19-5. Dans les librairies au Luxembourg, sur le site de Phi et en commande ailleurs.


C’est le bruissement des ailes
qui m’éveille à l’aube. Ses pattes
regorgent déjà de mon pollen
Le NECTAR est un vin doux
dont les vendanges s’étalent
et qui déchaîne les caractères industrieux

Enivrée de passion, l’abeille
virevolte et entame
un tango à six pattes
avec mon pistil. Astor Piazzolla
lui-même y préside
acclamé des étamines
pâmées devant la sensualité
d’une danse qui pourtant n’appelle
que le mouvement des cœurs
Serait-ce alors Carlos Gardel
qui susurre sa mélopée envahissante
à travers mon champ ?

Fi du maître argentin
l’abeille titube — bat des ailes
d’un mouvement inégal
overdose de plaisir indicible
Se retourner est une gageure
Partir pour la ruche un déchirement
Justement la ruche :
où peut-elle bien être
dans ce lac de volupté liquide
épicé au lait d’ânesse de Cléopâtre ?

Tout dard sorti — antennes déployées
elle cherche à s’élancer
tournoie en mon sein puis
au-dessus un moment
pour retomber dans la caresse. Accalmie
Je fais de l’effet, moi !
Elle tremble encore de son envol
Ma sève n’en revient pas
d’avoir apporté de si bas
un tel concentré de délectation.

mardi 27 octobre 2015

Flo[ts]

De la mer des poètes lus entre novembre 2014 et juin 2015 émergent les Flo[ts], premier prix du concours national littéraire du grand-duché de Luxembourg 2015. Bientôt dans les librairies.


Jean Cocteau Les Murray Pier Paolo Pasolini Jacques Prévert François Villon Lucien Suel Louise Labé Juan Gelman Robert Desnos William Shakespeare Inger Christensen Guillaume Apollinaire René Guy Cadou Maurice Scève Luís de Camões Jaufre Rudel Robert Burns Charles Baudelaire Kabîr Frédéric Mistral Luigia Sorrentino Luigi Pirandello Friedrich Hölderlin Aimé Césaire Rabîndranâth Tagore Pablo Neruda ammoniac Frédéric Jacques Temple Giacomo Leopardi François Esperet Paul Claudel Sandra Moussempès Clément Marot Oscar Wilde Bernard de Ventadour Blaise Cendrars Dante Alighieri méthane Marguerite de Navarre Miguel de Cervantes Bashō Jean de La Fontaine Claude Michel Cluny Alexander Pope John Keats Stanislas Rodanski Franc Nichele Daniel Varoujan Nicole Brossard Pétrarque Marcabru Alessandro Manzoni hydrogène Edmond Dune Johann Wolfgang von Goethe Stefano Benni Walt Whitman Clément Marot Jean-Michel Maulpoix Jean Portante Jorge Luis Borges Giuseppe Ungaretti Anise Koltz Jane Catulle-Mendès ÉCLAIRS ! Mahmoud Darwich Georges Perec Piedad Bonnett Jean-Pierre Verheggen Linda Pastan Heinrich Heine Hélène Sanguinetti Victor Hugo Fernando Pessoa Homère Henri Michaux Boris Pasternak Pierre de Ronsard Raymond Queneau Ariane Dreyfus Christopher Okemwa ÉCLAIRS !!  Charles Péguy Cercamon François Cheng William Cliff William Blake Raymond Farina Pétrus Borel Lambert Schlechter Alexandre Pouchkine Federico García Lorca Breyten Breytenbach Seream Bertran de Born Birago Diop Lionel Ray Yves di Manno Constance Chlore Hélène Cadou Gérard Achard Eduardo Galeano Tahar Ben Jelloun Steffen Popp Ming Di Vahan Tékéian Boris Vian Sophocle Rudyard Kipling José Martí ÉCLAIRS !!!